01 mai 2009
Ayrton Senna, l'inoubliable tragédie
Le 1er mai est traditionnellement le jour du muguet et de la fête du travail. Il est aussi une date à retenir car c'est ce jour, il y a maintenant 15 ans, que s'est tué l'un des plus grands champions de l'Histoire de la Formule 1. J'ai déjà beaucoup parlé de Ayrton Senna da Silva depuis la création de ce blog, alors cette année je tâcherais d'être bref. Deux photos et une vidéo pour que cette date reste à jamais gravée dans les mémoires comme celle de la disparition d'un grand homme.
Ayrton Senna dans ses oeuvres à Monaco (mettre le son à fond!)
Transcription de son intervention au cours de la vidéo:
"With your mind power, your determination, your instinct and your experience as well, you can fly very high!"
Ayrton Senna
01 mai 2008
Ayrton Senna, quatorze ans déjà...
Nous sommes le 1er mai. Si ce jour est célébré comme étant la fête du travail, c'est malheureusement aussi le triste anniversaire de la mort d'un homme, Ayrton Senna Da Silva, décédé en course le 1er mai 1994 à l'âge de 34 ans. Pour tous les intéressés de la F1, c'est une date dont il faut se rappeler car il s'agit de la dernière fois où un pilote de Formule 1 est mort de sa passion. Un jour après Roland Ratzenberger, simple novice, c'est un des plus grands pilotes de l'Histoire qui disparaît et cela, personne ne doit l'oublier. Petit retour en arrière grâce à la chronique que j'ai rédigée l'année dernière...
- Le 3 Juin 1984, la naissance d'un funambule...
- Le 21 Avril 1985: Ayrton Senna remporte sa première victoire!
- Le 13 Avril 1986: Ayrton Senna remporte le Grand Prix d'Espagne de justesse...
- Le 31 Mai 1987: Ayrton Senna commence son règne à Monaco
- Le 15 Mai 1988: "Magic" tout simplement humain?
- Le 30 Octobre 1988: Ayrton Senna devient champion du monde!!!
- Le 23 Avril 1989: La déchirure...
- Le 22 Octobre 1989: Le règlement de comptes
- Le 21 Octobre 1990: La vengeance...
- Le 24 Mars 1991: Ayrton Senna prophète en son pays
- Le 20 Octobre 1991: Ayrton Senna remporte son troisième titre de champion du monde!
- Le 31 Mai 1992: Le miracle de Monaco...
- Le 18 Juillet 1992: La frustration devient de plus en plus forte
- Le 11 Avril 1993: "Magic" Senna marche sur l'eau
- Le 7 Novembre 1993 : La fin d’une époque
- Le 1er Mai 1994: Ayrton Senna s'envole vers d'autres cieux...
Des textes à découvrir pour ceux qui ne connaissent pas le grand champion brésilien ou à redécouvrir pour ceux qui sont de fervents admirateurs d'Ayrton Senna. Adeus Ayrton, ton nom ne sera jamais oublié.
20 décembre 2007
Citation (79)
~"The day it arrives, it will arrive. It could be today or fifty years later. The only sure thing is that it will arrive."~
Ayrton Senna da Silva, après la mort de Roland Ratzenberger aux qualifications du Grand Prix de San Marino 1994
19 décembre 2007
Le 1er Mai 1994: Ayrton Senna s'envole vers d'autres cieux...
Ayrton Senna marche lentement dans le paddock d'Imola, la mine défaite. La nuit est déjà tombée depuis plusieurs heures maintenant et l'atmosphère est lourde autour du circuit. Ici ou là on parle de l'effroyable évènement qui vient de se produire. Nous sommes le samedi 30 avril 1994 et un homme vient de mourir de sa passion. Il avait 33 ans et s'appelait Roland Ratzenberger. Sous le choc, incapable de chasser les images de l'accident de son esprit, Ayrton se remémore tous les évènements qui ont précédé ce terrible contact avec la réalité, tout ce qui a fait de ce début de saison 1994 un des pires de sa carrière, émotionnellement et sportivement parlant. Cela a commencé par les premiers tours de roue de la belle Williams-Renault FW16, lors d'une prise en main qui s'est avérée plus difficile que prévue. Alors que les précédentes Williams (la FW14B et la FW15) étaient des machines à gagner impressionnantes tant en fiabilité qu'en performance, cette indomptable machine est difficile à régler et fait vite penser à Senna qu'il va y avoir beaucoup de travail en perspective: "On me donne favori mais je peux vous dire que rien ne sera facile cette saison. La voiture n'est pas aussi compétitive que je l'espérais et il va falloir beaucoup travailler mais aussi se battre pour obtenir des résultats." Ceci s'explique notamment par le changement de règlement en vertu duquel les aides électroniques sont interdites et où les ravitaillements sont réintroduits. Des mesures prises pour améliorer le spectacle. Des mesures qui vont apporter plus de danger dans le même temps. Les précédentes Williams étaient dominatrices car elles étaient à la pointe de l'électronique. Avec ce nouveau règlement, les compteurs sont quasiment remis à zéro et les écarts entre les équipes réduits, voir supprimés. Pour pallier à cette mesure, les ingénieurs concepteurs de la Williams FW16, Patrick Head et Adrian Newey, ont dû redoubler d'inventivité et de génie afin de rester au top de la hiérarchie d'où une toute nouvelle machine dont il va falloir régler chaque partie... De plus, Ayrton fait face à un début d'année 1994 fortement marqué par la nouveauté: nouvelle écurie, nouveau règlement, nouvel équipier et nouveau statut après les départs à la retraite successifs de ses anciens rivaux: Nelson Piquet, Nigel Mansell et Alain Prost. Bien qu'il ne dispose que d'un matériel perfectible, il est prêt à montrer à la nouvelle génération que sa motivation et sa détermination sont intactes et qu'il est très excité par ce nouveau défi. Défi qu'il s'est lancé à lui-même: être le meilleur de l'Histoire de le Formule 1 et surtout, le rester. A 34 ans et avec déjà trois titres de champion du monde en poche, tout est encore possible...
Le début de saison ressemble pourtant à un calvaire. La première course de la saison se dispute chez lui, au Brésil, et Ayrton regrette d'avoir à courir son Grand Prix à domicile avec une monoplace qui ne lui donne pas de bonnes sensations. C'est une des courses les plus importantes de la saison et ne pas pouvoir se battre à 100% de ses moyens le fait enrager. Il enflamme pourtant les tribunes d'Interlagos en réalisant une très belle pole position, juste devant un Michael Schumacher très en verve au volant de sa redoutable Benetton-Ford B194. La course est plus difficile et les stratèges de chez Benetton trop forts pour ceux de chez Williams. Après s'être fait dépassé dans les stands par Schumacher lors de la première salve de ravitaillements, il comprend vite que s'il ne donne pas tout ce qu'il a, il ne reverra plus l'Allemand. Il enchaîne une dizaine de tours à très haute vitesse et petit à petit, il revient sur la Benetton. Cependant, les risques qu'il prend sont trop importants et Ayrton finit par partir en tête à queue, synonyme d'abandon, devant des supporters dépités. A sa sortie de monoplace, il reconnaîtra: "C'est ma faute. J'attaquais très fort et j'ai manqué de vigilance." Pire, deux semaines plus tard, sur le circuit d'Aïda, cadre du Grand Prix du Pacifique, il se fait harponner par Mika Hakkinen au premier virage, alors qu'il avait une nouvelle fois signé la pole position. Michael Schumacher l'emporte une nouvelle fois et compte désormais vingt points d'avance sur Senna, désespéré par la situation. Lui que l'on présentait comme grandissime favori mord la poussière face à Michael Schumacher et l'efficacité suprenante de sa Benetton. En coulisses, Ayrton accuse: "Je suis persuadé que l'écurie Benetton triche! Ils utilisent l'antipatinage et d'autres artifices électroniques qui normalement sont interdits. Contre eux, on ne se bat pas à égalité." La course de San Marin, sur le circuit d'Imola, est donc primordiale pour le Brésilien, afin de frapper un grand coup et revenir dans la course au championnat. Le retour en Europe est synonyme de véritable début de saison à ses yeux, préférant oublier les deux premières manches ratées. Les premiers essais sont donc très importants et Senna se montre particulièrement méticuleux et concentré. Vendredi 29 avril 1994. Alors que la bataille pour la pole position est lancée, un fracas épouvantable se fait entendre à l'autre bout circuit. C'est le jeune Rubens Barrichello qui vient de sortir de la piste au niveau de la chicane Variante Alta, détruisant sa Jordan-Hart après un véritable vol plané. C'est casqué et attaché dans sa monoplace qu'Ayrton voit les terribles images de l'accident. Très vite, il s'inquiète pour son compatriote qu'il a pris sous son aile depuis ses débuts, lors de la saison 1993. Il court au centre médical pour prendre des nouvelles de Rubens. Heureusement, plus de peur que de mal. Barrichello s'en tire avec seulement un bras cassé et un nez fracturé: compte tenu de la violence du choc, Ayrton sait pertinemment que son ami a eu énormément de chance...
Samedi 30 avril 1994. 13h. Après s'être remis des émotions de la veille, Ayrton peaufine ses réglages alors que se déroule la seconde séance de qualifications. Il est en pole position provisoire lorsqu'un autre accident, aussi impressionnant que celui de Barrichello la veille, survient. Cette fois, c'est un néophyte de 33 ans, Roland Ratzenberger, qui, après avoir vu s'envoler son aileron avant, s'est écrasé dans le mur dans la courbe Gilles Villeneuve. Le contact avec le mur, à plus de 250 km/h, est d'une violence inouïe. Lorsque la monoplace disloquée s'arrête de tourner sur elle-même, le casque de l'Autrichien est penché sur le côté, signe révélateur d'une possible inconscience. Cela sera révélé plus tard, Roland Ratzenberger est mort sur le coup. Depuis les stands, Senna étouffe en visionnant les images et ne peut contenir un sanglot. Alors que les secouristes s'affairent autour du corps de Ratzenberger, Ayrton décide de se rendre sur les lieux de l'accident. Le temps qu'il arrive, l'hélicoptère a déjà décollé. Un silence de mort règne sur le circuit, comme si le temps avait arrêté de s'écouler. Le Brésilien analyse la piste, observe attentivement l'endroit de l'accident et pose beaucoup de questions car il tient à comprendre comment une telle catastrophe a pu se produire. Il met un terme à sa séance qualificative qui n'a plus aucun sens maintenant. Quelques heures plus tard, il se fera réprimandé par la Fédération Internationale de l'Automobile pour s'être rendu sur les lieux de l'accident. Il s'en moque, il a préféré écouter ce qui lui dictait sa conscience et y aller, par respect pour l'Autrichien. C'est un monde qui s'effondre à l'annonce de la mort de Roland Ratzenberger. Ayrton reste éveillé jusque tard dans la nuit pour réfléchir aux tenants et aux aboutissants de la situation, afin d'essayer de savoir si sa motivation est encore suffisante pour prendre de tels risques et surtout, essayer de savoir si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Sa réponse ne fera pas attendre puisqu'il se présente sur le circuit le lendemain matin pour disputer le warm-up. Car l'épreuve, malgré les circonstances, est tout de même maintenue. C'est là toute l'immoralité de la Formule 1: un homme est mort mais le show doit se poursuivre pour que l'insensible pompe à fric puisse continuer de tourner... Ayrton a mûrement réfléchi et ne pouvait pas raisonnablement tourner le dos à la course, tant elle fait partie de sa vie. Il est pourtant clairement troublé comme le démontre ce qui s'est passé le dimanche matin. Alors qu'il s'apprêtait à réaliser un tour en caméra embarquée pour la télévision, il a une parole pour une personne particulière à ses yeux: "Et d'abord un message à mon cher ami Alain [Prost]. Alain, tu me... tu nous manques!" L'ambiance est surréaliste sur la grille de départ, peu avant le début de la course. De manière inhabituelle, le Brésilien a enlevé son casque, afin de laisser le vent battre son visage pendant qu'il discute avec Patrick Head. Il sourie, regarde à droite et à gauche et prend de grandes inspirations: il vit, tout simplement.
Dimanche 1er mai 1994. 14h. Le départ est donné et Senna s'élance parfaitement, prenant la tête devant Michael Schumacher. Comme si le week-end n'avait pas déjà été assez intense, un nouveau crash terrible se produit, entre Pedro Lamy et J.J. Letho, qui s'en tirent sans véritable dommage compte tenu des récents évènements. Des débris ont volé dans le public et quelques spectateurs ont été légèrement blessés. Au final, plus de peur que de mal. Pour la première fois en Formule 1, la voiture de sécurité est lancée sur la piste afin de ralentir les bolides pendant que la piste est nettoyée. Après cinq tours passés dans ces conditions, la meute est de nouveau lâchée. Senna reste en tête mais Michael Schumacher se fait vraiment très pressant derrière le champion brésilien. La bagarre semble être lancée entre les deux duelistes, pour une course dont l'enjeu est très important pour Ayrton Senna s'il ne veut pas perdre toutes ses chances au championnat. Au tour 6, ils arrivent dans la longue courbe de Tamburello. Ayrton prend normalement sa trajectoire jusqu'à la moitié du virage où, brusquement, il sort de la piste. Le contact avec le mur est effroyable. La Williams FW16 s'écrase contre le mur à plus de 200 km/h, dans un choc qui semble aussi violent que celui de Ratzenberger la veille. La stupeur gagne très vite l'ensemble des officiels, des spectateurs et des téléspectateurs. Lorsque la monoplace se stabilise, le casque jaune emblématique est penché sur le côté, inerte. Il est 14h17 et Ayrton Senna da Silva vient de mourir. Les images de l'intervention des secouristes sont insupportables. Ils agissent le plus rapidement possible car le corps du Brésilien est gravement blessé. Du sang coule sur la piste. Les larmes des personnes qui ont compris la gravité de la situation coulent dans les tribunes. Tout le monde est en état de choc, chacun tente de se convaincre qu'il n'a rien pu arriver de grave à la référence absolue. Tout le monde croit Ayrton Senna immortel en raison de l'aura qu'il dégage. Tout le monde se trompe. La mort frappe n'importe où et n'importe quand, cela s'est une nouvelle fois prouvé en ce funeste 1er mai. C'est dans la soirée que ce que chacun redoutait devient officiel: Ayrton Senna da Silva a définitivement quitté le monde des vivants, s'envolant vers d'autres cieux peut-être plus adaptés à son talent et à son charisme: le paradis des hommes d'exception. On peut en vouloir à cette foutue colonne de direction d'avoir cédée en plein virage, à cette putain de course qui n'aurait jamais dû avoir lieu, pour une raison légale mais aussi et surtout morale ou encore à toutes les personnes qui ont une responsabilité, de près ou de loin, dans cette saloperie d'accident mais cela ne ferait malheureusement pas revenir Ayrton. Le week-end d'Imola 1994 est sans doute un des pires qu'ait connu la Formule 1 de toute son histoire. Il a donné un grand coup de fouet à la sécurité de ce sport qui permet aujourd'hui aux pilotes de conduire sans quasi aucun danger. Jamais personne n'oubliera la tragédie d'Imola où deux hommes que tout séparait ont été réunis dans la mort. Et puis il y a ces mots, si justes, prononcés un jour d'octobre 1989, qui résonnent encore: "Racing... Competing... is in my blood, it's part of me, part of my life, I've been doing it all my life. So, it stands out before anything else." Ayrton Senna c'est plus qu'un simple nom, ou qu'un pilote de Formule 1, c'est un mythe, immortel dans la postérité.
Adeus Ayrton.
Bonus: Images rares d'Ayrton Senna à Imola ; Tribute japonaise
03 décembre 2007
Le 7 Novembre 1993 : La fin d’une époque
Le Grand Prix d’Australie, à Adélaïde, est la dernière manche de la saison. Une saison marquée par la domination des Williams-Renault, qu’Ayrton Senna a dû une nouvelle fois subir. Après avoir réalisé de très belles performances au début de la saison et avoir mené le championnat pendant plusieurs manches, le Brésilien et sa Mclaren-Ford sont rentrés dans le rang. Une nouvelle victoire à Monaco (la sixième, ce qui fait de lui le recordman absolu des victoires sur ce circuit si particulier), une belle seconde place en Espagne puis un long passage à vide qui lui a coûté toutes ses chances au championnat. Il a tenu la dragée haute à Alain Prost jusqu’à l’été, moment où ils ont abordé les circuits les plus rapides de la saison. Sur des circuits comme Montréal, Silverstone ou encore Hockenheim, et ce malgré une évolution du poussif Ford HB, Ayrton n’a rien pu faire pour enrayer la machine à gagner Williams-Renault. Il ne terminera plus sur le podium avant l’avant-dernière manche du championnat, au Japon! Désespéré et impuissant, le Brésilien enchaîne les abandons et les places d’honneur et voit son vieux rival Alain Prost se diriger tranquillement vers une quatrième couronne. Il donne pourtant tout ce que son talent peut lui offrir, en témoigne la magnifique empoignade qui a opposé les deux champions du monde à Silverstone. Parti quatrième, Ayrton a réalisé un excellent départ et a réussi à doubler Prost. Décidé à ne pas céder, il a utilisé tous les arcanes du pilote « blessé » pour empêcher le Français de passer : freinages à la limite, trajectoires défensives, énorme prise de risque. Le duel a duré six tours avant qu’Alain Prost ne réussisse à passer. Six tours durant lesquels le temps s’est arrêté. Six tours gravés dans les mémoires comme un des plus beaux combats entre ces deux monstres sacrés du sport automobile. Six tours illusoires de ce qu’était réellement la situation au championnat : au Portugal, deux manches avant la fin de la saison, Prost remporte définitivement le titre de champion du monde 1993.
C’est aussi au Portugal que le Français fait une annonce intéressante pour Senna : il va prendre sa retraite à la fin de la saison, libérant ainsi un baquet convoité chez Williams-Renault. Impatient de rejoindre l’équipe anglo-française depuis maintenant deux ans, Ayrton s’engouffre dans la brèche en se déclarant libre de tout contrat pour 1994. Les relations avec Ron Dennis se sont détériorées au fur et à mesure de cette saison 1993 et le Brésilien attendait le moment propice pour annoncer son départ de chez Mclaren. C’est maintenant chose faite et il est impatient de réaliser un de ses rêves les plus récents : piloter enfin cette formidable machine à la pointe de la technologie qu’est la Williams-Renault. Cette pensée lui donne des ailes et il remporte la course au Japon après un duel de haute lutte contre son éternel rival Alain Prost. Alors que tout le monde s’attend à une réconciliation et que les deux pilotes sont côte à côte sur le podium, rien de spécial ne se passe. Quelques années plus tard, Prost a déclaré à ce sujet : « Avant la course de Suzuka, nous avions prévenu une certaine forme de réconciliation. Nous nous sommes retrouvés sur le podium, mais rien ne s’est produit. J’étais déçu, mais j’ai compris qu’il fallait que ça vienne de lui, pas de moi. C’était toute l’ambiguïté du personnage. Il voulait avoir la maîtrise de la situation et ne montrer aucune faiblesse. Surtout vis-à-vis de moi. » Deux semaines plus tard, en ce 7 Novembre 1993, un intense sentiment de nostalgie règne sur la grille de départ. Ayrton Senna a signé la 62ème pole position de sa carrière, la seule de cette saison 1993 et Alain Prost partage avec lui la première ligne de la grille. Alors que le départ est donné et que Senna s’élance parfaitement en tête de la course, tout le monde se rend compte de l’émotion, palpable, qui plane sur cette dernière course de la saison. Les deux meilleurs pilotes de la génération des années 80 se retrouvent pour un dernier duel. Ayrton, dans son cockpit, se rappelle de tous les moments qui ont jalonné sa carrière aux côtés d’Alain Prost : leur rivalité exacerbée, les duels sur la piste, les mots blessants déclarés à la presse. Le pilote français va lui manquer, plus que ce qu’il aurait pu croire deux ou trois ans auparavant. Le Brésilien se montre intraitable en course : il ne laisse aucune chance à Prost de remporter la dernière course de sa carrière et remporte la victoire, sa 41ème.
Aussitôt la course terminée, Senna montre un tout autre visage de sa personnalité, bien différent du comportement qu’il avait adopté jusque maintenant face au Français. Il discute avec lui en allant vers le podium, lui dit qu’il va s’ennuyer, qu’il devrait encore rester un an ou deux. Le podium est empli d’émotion. Avant que ne soient joués les hymnes brésilien et britannique afin de célébrer la victoire de Senna et de Mclaren, les deux anciens rivaux se serrent la main et Ayrton invite Alain à monter avec lui sur la première marche. Le geste est beau et scelle la réconciliation de ces deux très grands pilotes qui ont marqué toute une époque. Alain Prost est heureux et sourit à pleine dents. Ayrton Senna a les larmes aux yeux. Pendant la conférence de presse, une vision surréaliste s’impose : ils rient ensemble comme s’il ne s’était jamais rien passé entre eux. Les accrochages ? Les mots doux déclarés dans la presse ? Oubliés ! Malgré tout ce qui a été dit, il y a toujours eu un respect très fort et mutuel entre Alain Prost et Ayrton Senna, ce qui explique cette réconciliation. Ils étaient les enfants terribles de leur génération : chacun avait énormément de talent et souhaitait démontrer qu’il était le meilleur. Ayrton a du mal à se faire à l’idée, comme le dira Alain Prost lors d’une interview : « Le soir de la course d’Adélaïde, il m’a encore demandé si je m’arrêtais vraiment de courir. Il doutait de ma décision, croyait à un piège. » Leur carrière respective sont tellement liées que le Brésilien sent qu’il va perdre une partie de lui-même une fois que Prost sera parti en retraite. Le Français était un repère que Senna souhaitait battre par-dessus tout, la référence. Maintenant, c’est lui qui va devenir la référence pour les plus jeunes et il va devoir apprendre à gérer ce nouveau statut. Une page se tourne en ce 7 Novembre 1993 et Ayrton en est pleinement conscient. De nouveaux défis l’attendent : la nouvelle génération des jeunes loups, tout d’abord, emmenée par Michael Schumacher, Damon Hill ou Mika Hakkinen ; et enfin, une Williams-Renault, la monoplace dont il a rêvé ces dernières années et avec laquelle il espère battre tous les records.
16 novembre 2007
Le 11 Avril 1993: "Magic" Senna marche sur l'eau
Un mois avant le début de la saison 1993, Ayrton Senna ne sait toujours pas s'il va participer aux courses ou s'il va prendre une année sabbatique comme l'a fait Alain Prost en 1992. Il pense même faire une saison en IndyCar aux Etats-Unis! Avec l'aide de son ami et mentor, le double champion du monde de Formule 1 Emerson Fittipaldi, il essaye une monoplace de cette série pour prouver son intérêt. Il sait pertinemment qu'avec le retrait de Honda et le retour de Prost chez Williams-Renault, la saison pourrait une nouvelle fois être très difficile pour lui et il n'a pas envie de revivre l'enfer de 1992. C'est début mars que Ron Dennis réussit enfin à le convaincre. Ayrton est d'accord mais il garde une clause de performance dans son contrat. En bref, il ne signe que pour une épreuve et si la Mclaren MP4/8 (équipée d'un moteur client, le Ford, peu puissant mais agile et qui équipe déjà les Benetton) n'est pas à la hauteur de ses ambitions, il pourra claquer la porte de chez Mclaren sans être ennuyé. Dès la première manche de saison à Kyalami, en Afrique du Sud, la MP4/8 démontre, dans les mains de Senna, qu'elle est bien née. Malgré un moteur moins puissant que le Renault, le Brésilien réussit à se qualifier dans le même fraction de seconde que le Français, poleman du jour. En course, il lui tient dragée pendant toute l'épreuve et termine à une très belle seconde place. Ayrton finit par penser que cette saison pourrait ne pas être si mauvaise que cela après tout. Il se garde un délai de réflexion avant d'annoncer son retour pour la saison complète au Brésil! Seulement troisième à près de deux secondes de Prost à la fin des séances qualificatives, il se demande s'il a fait le bon choix... En difficulté pendant la course, il profite d'une grosse averse et de l'abandon de Prost pour remporter "son" Grand Prix national pour la deuxième fois de sa carrière. Un miracle! En arrivant à Donington, théâtre du Grand Prix d'Europe, Ayrton Senna est en tête du championnat et compte bien y rester.
Donington Park est un circuit que Senna connaît assez bien grâce à l'expérience qu'il a accumulé lorsqu'il courait en Formule Ford et Formule 3 en Grande-Bretagne, au début des années 1980. Le Grand Prix d'Europe 1993 est la première course de Formule 1 qui y est organisée et le Brésilien espère secrètement que cela lui donnera un avantage. Mais les choses ont changé. Le circuit n'est plus le même et compte tenu de la puissance des F1, il faut se réadapter. Personne n'est donc surpris en retrouvant les dominantes Williams-Renault truster les premières places de la grille. Ayrton, quatrième à quasiment deux secondes de Prost, qui vient de signer sa troisième pole position d'affilée, desespère d'accrocher un bon résultat sur l'exigeante piste britannique. Le jour de la course, c'est un déluge qui s'abat sur le circuit au moment du départ. Attaché dans sa monoplace, casqué, Senna se dit qu'il doit tout donner dès le premier tour afin de bénéficier de l'effet de surprise. Il espère que là où tout le monde perdra du temps en s'adaptant à la piste détrempée, lui en gagnera grâce à sa maîtrise de la conduite sous la pluie. C'est la condition sine qua none s'il veut se positionner devant les Williams d'Alain Prost et de Damon Hill. Mais cela veut dire prendre des risques, beaucoup de risques, et il en est conscient. Au départ, son plan ne se passe pas vraiment comme prévu. Enfermé à l'extérieur par la Benetton-Ford de Michael Schumacher, il perd une place au profit de Karl Wendlinger, excellent sur sa Sauber. Il se déporte très vite à l'intérieur de la courbe de Redgate et passe ainsi Schumacher, qui perd du temps à l'extérieur. Ayrton sent sa voiture glisser de partout mais il laisse le pied appuyé à fond sur l'accélérateur et domine sa monoplace d'une main douce et ferme à la fois. Il passe Karl Wendlinger à l'extérieur de Craner et se retrouve ainsi en troisième position! Il n'a plus devant lui que Damon Hill et Alain Prost qui se montrent très prudents dans ces conditions de piste difficiles. La monoplace de Senna vole littéralement sur la piste. Là où les autres font attention à chaque freinage, chaque virage, chaque réaccélération lui ne se pose pas de questions et pilote instinctivement. Deux virages plus loin, dans la courbe de Mc Leans, c'est au tour de Damon Hill de lâcher prise face au "Rainmaster". A la sortie du virage Esses, Ayrton est déjà revenu dans le sillage de Prost. Il se place dans son aspiration le long de la ligne droite et porte une estocade imparable à Melbourne Hairpin. Le Français, impuissant, est obligé de laisser Senna s'enfuir en tête du Grand Prix. Le Brésilien vient de réaliser un incroyable exploit dans ces conditions piégeuses: il a passé quatre monoplaces en un tour pour caracoler en tête de la course!
La suite de la course est un véritable festival d'Ayrton Senna qui maîtrise parfaitement les conditions changeantes, oscillant entre la pluie fine et la pluie battante. Quand le Brésilien s'arrête cinq fois aux stands pour changer de pneumatiques, Alain Prost s'arrête sept fois! Collant plus d'une seconde au tour à Damon Hill, son poursuivant direct, il remporte une victoire incontestée et se permet même le luxe de prendre un tour à Prost. Plus tard, Gerhard Berger s'exprimera en ces termes sur la performance d'Ayrton Senna lors de cette course historique: "En raison de la faiblesse de son moteur Ford cette saison, Ayrton attendait des conditions de course spécialement difficiles pour montrer à chacun ce dont il était encore capable. A Donington, tout ce qu'il voulait c'était se retrouver premier à la fin du premier tour pour que chacun de ses adversaires ait l'air stupide. Et c'est exactement ce qu'il a fait!" Sur le podium le Brésilien affiche un sourire radieux. L'exploit qu'il vient d'accomplir est unique et confirme son incontestable maîtrise de la pluie. "Magic" porte bien son nom. Après le Grand Prix de Monaco 1984 où il s'est révélé sous la pluie, après le Grand Prix du Portugal 1985 où il a remporté sa première victoire dans ces conditions, il vient de remporter à Donington l'une de ses plus belles victoires en carrière (sans parler des autres victoires qu'il a remporté sous la pluie mais dont ce serait trop long de donner le nom). En agissant tel un funambule, toujours à la limite, il a su prendre beaucoup de risques, mais en donnant l'impression aux observateurs d'une véritable aisance. En conférence de presse, il propose en riant à Alain Prost d'échanger de monoplace lorsque ce dernier ose se plaindre de sa Williams, qui est clairement la meilleure voiture du plateau. Le Brésilien sait que c'est en raison des conditions pluvieuses qu'il a réussi à remporter, coup sur coup, les victoires à Interlagos et à Donington et qu'il se retrouve ainsi en tête du championnat avec douze points d'avance sur Prost. Il sait que la suite de la saison va redevenir difficile mais il s'en moque pour l'instant. Tout ce qu'il veut, c'est savourer la performance qu'il vient de réaliser en sachant que ce 11 avril 1993 restera dans les mémoires comme le jour où il a marché sur l'eau...
Bonus: le premier tour en vidéo: Donington 1993
31 octobre 2007
Le 18 Juillet 1992: La frustration devient de plus en plus forte
La victoire de Monaco n'a été qu'un mirage dans un désert de résultats pour Senna. Très vite, les Williams-Renault reprennent leur insolente domination et le Brésilien ne peut rien faire de mieux que subir en silence. Mais au fond de lui-même, la situation s'empire et il perd toute motivation. Il déclare même qu'il serait prêt à abandonner la compétition à la fin de la saison s'il ne dispose pas d'ici-là d'une machine à la hauteur de ses ambitions. Pour cela, et après avoir entendu parler d'un possible retrait de Honda à la fin de la saison 1992, il sait qu'il doit changer d'écurie car Mclaren va se retrouver engluée dans une phase d'adaptation avec un nouveau constructeur fournisseur de moteur. Mais Ayrton n'a plus la patience d'attendre. Il veut rejoindre la puissante armada Williams et contacte pour cela le directeur de l'écurie, Frank Williams, alors que la saison bat son plein. Du côté des résultats, après l'embellie de Monaco puis des qualifications du Canada (où il a signé sa première et unique pôle de la saison), Ayrton enchaîne les abandons: au Canada, alors qu'il mène, il est victime de problèmes électriques et doit céder la victoire à son coéquipier Gerhard Berger et en Grande-Bretagne, c'est sa transmission qui lâche alors qu'il bataillait avec Martin Brundle pour la troisième place. A la veille du Grand Prix de France, la situation au championnat est catastrophique pour Senna: avec dix-huit points, il ne se place qu'à la quatrième position à plus de trente-huit points de Nigel Mansell! Le Britannique comptant le double de points du second, son coéquipier Riccardo Patrese, semble avoir fait un pas de géant vers le titre. Ayrton est même devancé au championnat par le jeune Allemand Michael Schumacher qui, au volant de sa Benetton-Ford, réalise de très belles performances...
En effet, cette saison 1992 est aussi marquée par la confirmation du talent de Schumacher, qui a signé plusieurs podiums depuis le début de la saison. Peu à peu, les observateurs reconnaissent l'Allemand comme un des talents incontestables du futur. Cependant, les premières confontations entre le triple champion du monde brésilien et le novice germanique vont être plutôt rugueuses. Lors de la troisième manche du championnat, au Brésil, Schumacher tente de marquer son territoire en s'en prenant directement à Senna après avoir jugé être bloqué par la Mclaren en course: "Je ne m'attendais pas à un tel comportement de la part d'un triple champion du monde. Ce sont des choses qui ne se font pas. J'étais plus rapide que lui et je ne sais pas quel jeu il a voulu jouer avec moi." Ayrton, désabusé par les caprices de son électronique qui lui ont ruiné sa course, ne réagit pas à cette première escarmouche. Quelques semaines plus tard, lors du Grand Prix de France, l'Allemand tente une manoeuvre de dépassement pour le moins osée sur Ayrton à l'épingle d'Adélaïde, lors du premier tour de la course. Celle-ci se termine par un accrochage et Senna, dépité, retourne aux stands sans se retourner. Lorsque Michael Schumacher arrive aussi dans le paddock, Ayrton a déjà enlevé sa combinaison et va trouver l'Allemand afin de discuter avec lui après avoir écarté les micros. A l'évidence, la tentative du Schumacher ne lui a du tout plu et il ne se gêne pas pour le lui faire comprendre. Après avoir dit ce qu'il avait à dire, il retourne calmement vers le stand Mclaren. A la veille du Grand Prix d'Allemagne, lors d'essais privés réalisés sur le circuit d'Hockenheim, une nouvelle manoeuvre douteuse de Schumacher est proche d'envoyer les deux hommes dans le mur à plus de 250 km/h. Cette fois-ci, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les deux pilotes s'expliquent dans les stands et la discussion est pour le moins houleuse: alors qu'ils n'arrivent plus à s'exprimer par des mots, ils en viennent aux mains. Les mécaniciens de chez Mclaren les séparent très vite mais c'est trop tard et les médias en font leurs choux gras...
Ayrton n'a qu'une seule idée en tête: en terminer avec cette saison de cauchemar et rejoindre Williams-Renault pour la saison 1993. Le problème, c'est qu'ils sont trois à être prétendants pour les deux baquets de l'écurie franco-britannique. Nigel Mansell, champion du monde 1992 depuis le Grand Prix de Hongrie, cinq manches avant la fin de la saison, Ayrton Senna et... Alain Prost dont cela serait le grand retour après une année sabbatique dûe à son licenciement de chez Ferrari à la fin de la saison 1991. A l'orée du Grand Prix du Portugal, Nigel Mansell, déçu par le peu d'intérêt que lui montre Frank Williams alors qu'il vient d'être champion du monde, annonce sa retraite à la fin de la saison. Il ne reste donc plus que deux aspirants aux baquets de Williams et des deux, c'est Prost qui tient la corde compte tenu du soutien dont il dispose chez Renault mais aussi chez Elf. Après une nouvelle course où le Brésilien ne peut rien faire face à Nigel Mansell, il apprend la nouvelle et manque de s'étouffer à sa sortie de monoplace. Il ne manque pas de critiquer son rival français en conférence de presse: "Je pense que les hommes politiques agissent toujours de la même manière, très mauvaise de la part de certaines personnes [...] Et je pense que Prost, s'il veut être appelé triple champion du monde, doit à nouveau se comporter de manière sportive. Il peut peut-être remporter beaucoup de nouveaux titres mais il doit être sportif. Ce qu'il est en train de faire, c'est qu'il se comporte comme un lâche. Il doit se préparer à être concurrent de n'importe qui, dans n'importe quelles conditions mais de manière égalitaire. Tout a été préparé pour qu'il remporte le championnat avant même qu'il ne commence: c'est comme si on courait un sprint de 100 mètres et que tout le monde avait deux chaussures de pied gauche, excepté lui. C'est la façon dont il veut courir. Ce n'est plus de la course automobile et cela est mauvais pour chacun d'entre nous." Une guerre des mots qui révèle bien l'état d'esprit du Brésilien en cette fin de saison. Après deux nouveaux abandons lors des deux courses qui suivent, la saison est enfin finie. Ayrton trouve refuge chez lui à Angra Dos Reis sans savoir où il sera en 1993...
Source: Lionel Foissart, Ayrton Senna: Croisements d'une vie.
09 octobre 2007
Le 31 Mai 1992: Le miracle de Monaco...
La saison 1992 commence très mal pour Ayrton Senna. Après avoir connu l'euphorie d'un troisième titre de champion du monde remporté l'année précédente, les premières courses de cette année sont très difficiles à vivre. En effet, il doit courir avec la MP4/6, la monoplace de l'année précédente, lors des deux premières manches. C'est un calvaire. Il ne doit qu'à son talent de terminer sur le podium en Afrique du Sud alors que la voiture va le lâcher au Mexique. C'est au Brésil que la MP4/7 fait son apparition. Très vite, le Brésilien se rend compte du retard pris par rapport aux Williams-Renault qui ont poursuivi leur ascension entamée à la fin de la saison 1991. Alors qu'il doit une nouvelle fois abandonner, les Williams réalisent leur troisième doublé et Mansell remporte sa troisième victoire. Les monoplaces anglo-françaises sont les voitures à battre en ce début de saison et elles surpassent largement les Mclaren-Honda dans tous les compartiments, que ce soit au niveau du chassis ou du moteur... Même en terme de vitesse pure Ayrton Senna ne peut rien faire: il n'a pas signé une pôle position depuis le début de la saison! Les deux courses qui suivent sont particulièrement éprouvantes pour le champion brésilien, obligé de s'employer physiquement afin de combler les lacunes de sa monoplace. Si en Espagne il abandonne une nouvelle fois alors qu'il tenait la troisième place, à Imola la voiture tient bon et c'est sur le podium qu'il achève la course. C'est au prix d'un effort physique assomant qu'il réussit cette performance et il déclare après la course: "J'espère que je ne vais pas être obligé de conduire dans ces conditions tous les dimanches. J'ai vraiment fait ce que j'ai pu en étant à la limite physiquement." Au championnat la situation est catastrophique: alors que Nigel Mansell a remporté cinq victoires et marqué cinquante points, Senna n'a marqué que dix points! Il y a un gouffre entre les deux prétendants au titre et à moins d'un miracle, la situation est maintenant irréversible. Le Brésilien a donc revu quelque peu ses ambitions à la baisse en début de saison et il attend juste maintenant de remporter une première victoire. En débarquant à Monaco, où il est triple vainqueur en titre et quadruple vainqueur sur les cinq dernières éditions, il espère que ce circuit très particulier permettra de niveler les performances des monoplaces et ainsi, qu'il puisse se battre pour la victoire...
Cependant, dès les premiers essais qualificatifs il est très vite déçu. Il ne se place qu'en troisième position sur la grille de départ à plus d'une seconde de Mansell, poleman du jour. Compte tenu de l'importance de partir devant sur ce circuit tortueux où il est très difficile de doubler, il considère cette séance comme un échec. Il sait que la course va être difficile le dimanche et qu'il devra parfaitement s'élancer, faute de quoi il pourra dire au revoir à la victoire. C'est ce qu'il arrive à faire en prenant la mesure de Riccardo Patrese, le pilote de la seconde Williams-Renault, au premier virage. Il se place tout de suite dans les roues de Nigel Mansell mais le cauchemar entamé au début de la saison continue... Alors que les tours défilent, Ayrton n'arrive pas à suivre le rythme de la Williams, qui s'échappe inexorablement. Mais le Brésilien s'accroche. A chaque tour il essaye d'assouplir la conduite de sa monoplace pour la rendre plus docile sur les vibreurs et ainsi gagner quelques précieux dixièmes. Il est plus lent que Mansell mais il pilote à 100%, à la limite de la MP4/7-Honda. Il se bat contre sa monoplace, rétive et difficile à piloter en donnant absolument tout ce que son corps peut lui offrir. Les tours passent et Ayrton s'attend à achever cette morne procession en seconde position. C'est alors que l'incroyable se produit: Nigel Mansell s'arrête aux stands pour changer de pneus, pensant -à tort- à une crevaison. Il reste sept tours à disputer et Ayrton se retrouve ainsi propulsé en tête de la course! Mais le Britannique n'a pas dit son dernier mot et ressort des stands le couteau entre les dents, déterminé à reprendre la première place. Tour après tour il revient à pas de géant sur la Mclaren. A trois tours de la fin, le jonction est effectuée et s'engage alors un magnifique mano à mano entre les deux pilotes. La Williams est beaucoup plus rapide mais Mansell ne trouve pas le moyen de passer. Ayrton sent le souffle du fauve derrière lui et utilise tous les moyens à sa disposition pour contenir ses assauts. Il ne perd pas une miette de concentration et fait tourner Nigel, qui essaye de passer à droite, à gauche, en réaccélération, en freinage, en bourrique. Non, il ne lâchera pas cette première place tombée du ciel. Pendant trois tours, Ayrton réussit un véritable exploit de concentration et de sang-froid en maintenant Mansell, de loin plus rapide, derrière lui. Au passage de la ligne, c'est la délivrance: Ayrton Senna remporte son premier Grand Prix de la saison!
La joie le submerge. Il lève les bras frénétiquement et s'exprime à la radio par des cris, révélateurs de la frustration qu'il avait ressenti depuis le début de la saison, cantonné dans un rôle de faire-valoir. C'est clairement une de ses victoires qui lui ont fait le plus de bien, peut-être même une des plus belles compte tenu de la pression à laquelle il a du résister pendant les ultimes boucles. A l'arrivée dans le parc fermé, Ayrton remercie tous ses mécaniciens et tombe dans les bras de Mansell. Les deux champions se congratulent mutuellement. Mansell, pas mauvais joueur, félicite Ayrton. Une nouvelle fois, ces deux formidables attaquants ont écrit une belle page de la Formule 1, un de ces duels devenus mythiques. Après la cérémonie du podium, Ayrton déclare au micro d'un journaliste: "C'est vraiment incroyable de remporter le Grand Prix dans ces conditions. Il est clair que sans ces circonstances particulières, je n'avais aucune chance de vaincre. Néanmoins, je ne vais pas faire la tête un jour pareil! J'avais perdu le goût de la victoire et voilà que celle-là me tombe du ciel... Pour le championnat, en revanche, je ne me fais aucune illusion..." Il est clair que la situation ne semble pas vraiment améliorée pour le championnat mais il faut savourer des instants pareils. Ayrton Senna remporte sa cinquième victoire à Monte-Carlo, et il égale ainsi le record de Graham Hill. C'est une véritable histoire d'amour entre cette course particulière et le champion brésilien puisqu'après y avoir été révélé aux yeux de tous en 1984, il y remporte l'une de ses plus belles victoires. Mieux, en 1993, Ayrton va remporter une victoire similaire après que Alain Prost, alors largement leader, ait dû s'arrêter à son stand pour un problème. Cet étrange ensemble de circonstances donne l'impression qu'il était écrit qu'un jour Ayrton Senna serait recordman des victoires à Monaco. En remportant six des dix Grands Prix de Monaco qu'il a disputé, le Brésilien a établi un sacré record...
Bonus: la vidéo des trois derniers tours: Monaco 1992
19 septembre 2007
Le 20 Octobre 1991: Ayrton Senna remporte son troisième titre de champion du monde!
Le Grand Prix du Japon est l'avant-dernière manche du championnat 1991. Un championnat où tout n'est pas encore joué à l'approche de la course de Suzuka. Ayrton a une confortable avance de 16 points sur Nigel Mansell et si celui-ci désire remporter le titre, il doit l'emporter au Japon et en Australie pour espérer conserver une chance. De plus, Senna peut clairement compter sur l'aide de son coéquipier, l'Autrichien Gerhard Berger. Ce dernier est arrivé en 1990, échangeant son baquet avec Alain Prost, qui a rejoint Ferrari. Berger avait derrière lui une réputation de pilote solide, courageux et très rapide, comme en témoignent les victoires qu'il a connu chez Benetton-BMW puis au sein de la Scuderia. C'est le Brésilien qui a recommandé la candidature du pilote autrichien à Ron Dennis lorsque Prost a claqué la porte de chez Mclaren-Honda. Après la cohabitation houleuse qu'avait connu l'écurie anglo-japonaise pendant deux ans, Gerhard savait qu'il ne devait pas courir contre Senna, mais avec lui. C'est pourquoi il a choisi de faire tout ce qui été possible afin d'aider son coéquipier dans la course au titre en 1990 et en 1991. Ca n'a jamais été à contre-coeur car le sympathique Autrichien a une personnalité à part dans le paddock. Malgré l'importance de l'enjeu des courses, il n'a jamais perdu son sens de l'humour. Il a appris une chose à Ayrton Senna à son arrivée: la décontraction et une façon bien à lui de dédramatiser la situation. Au fil des courses et des semaines, les deux pilotes ont fini par devenir très proches, ce qui est très rare à ce niveau de la compétition. Ils s'entendent même comme larrons en foire! Entre la malette de Senna jetée d'un hélicoptère en plein vol, les crapauds cachés dans le lit du Brésilien (en réponse, Ayrton a placé un fromage "puant" dans le conduit d'aération de la chambre de Berger) ou la photo du passeport de Senna changée par celle d'un homme qui ressemblait plus à un singe qu'à un humain (ce à quoi Ayrton a répondu en collant les cartes de crédit de l'Autrichien avec de la superglue), Gerhard Berger a su montrer au monde de la Formule 1 une face cachée du champion brésilien. Il est aussi un homme qui sait s'amuser et ça, cela en a étonné plus d'un... Ici, au Japon, l'enjeu est beaucoup plus sérieux et Berger le sait. En vertu de l'amitié qui les lie, Gerhard va tout faire pour que Ayrton remporte le titre.
Cela commence dès les premiers essais qualificatifs. Equipées d'une évolution surpuissante du moteur Honda (le constructeur japonais ne pouvait pas perdre la face à domicile, il a donc mis les bouchées double), les Mclaren trustent la première ligne de la grille de départ, juste devant les Williams-Renaut de Nigel Mansell (troisième) et Riccardo Patrese (quatrième). L'ordre est assez surprenant puisque Gerhard Berger devance "Magic" Senna, le maître des qualifications! L'Autrichien a réalisé une performance exceptionnelle et démontre ainsi qu'il se donne à 100%. Très satisfait, Ayrton Senna s'exprime en ces termes après les qualifications: "Il était primordial de remporter cette bataille psychologique des essais. Maintenant, je me trouve dans une position favorable pour remporter le titre. La pression est sur les épaules de Mansell." La stratégie est simple pour l'écurie Mclaren: Nigel Mansell doit absolument remporter la course s'il veut conserver des chances au championnat. En ayant placé ses deux monoplaces devant lui, l'équipe anglo-japonaise a quasiment fait échec et mat. Il suffit qu'un des deux pilotes terminent devant le Britannique pour que Senna remporte définitivement le titre de champion du monde. Au feu vert, Berger s'envole parfaitement avec Ayrton Senna juste dans sa roue. Les positions restent inchangées puisque Nigel Mansell est toujours troisième. La stratégie fonctionne à merveille et Gerhard Berger s'échappe très rapidement en tête de la course. Ayrton, un peu plus loin, contient les assauts de Mansell qui vient de se rendre compte qu'il est piégé. Pour conserver une chance au championnat il doit remporter la course. Pour remporter la course, il doit rattraper Berger. Pour rattraper Berger, il doit doubler Senna, ce qui est quasiment mission impossible compte tenu de la détermination de ce dernier alors que le titre approche... Au dixième tour, le Britannique tente le tout pour le tout au premier virage et termine sa course coincé dans les graviers. Nigel a craqué sous la pression et Ayrton est ainsi assuré du titre de champion du monde! Mais la course n'est pas finie. Libéré de toute pression, le Brésilien revient comme une balle sur Berger, toujours en tête. Il le passe au dix-septième tour et s'envole vers la victoire. Mais, juste avant de passer la ligne d'arrivée, Senna s'arrête quasiment et offre la victoire à Gerhard, pour le remercier de tous les efforts consentis... Berger remporte ainsi sa première victoire au sein de l'équipe anglo-japonaise.
Sur le podium, les deux compères affichent un sourire radieux. Alors que Gerhard semble un peu gêné, Ayrton lève le bras de l'Autrichien, pour bien montrer que c'est lui le vainqueur. La foule exulte. Le geste est beau, la Formule 1 sort grandie de ce week-end mémorable. En coulisses, on apprend que cela n'a pas été facile pour le Brésilien de céder cette victoire. Ses déclarations d'après-course démontrent la personnalité complexe de ce champion, pour qui terminer deuxième est déjà une défaite... "Il y avait un accord entre nous selon lequel celui qui était en tête au départ et dans les premiers tours obtenait le droit de gagner la course si les circonstances nous étaient favorables. Dès l'abandon de Mansell, Ron n'a pas perdu une seconde pour m'appeler par la radio de bord. Alors que j'allais enfin me faire plaisir, ne plus avoir à grignoter des petits points, il m'a dit: "OK, Ayrton, maintenant il faut penser au titre constructeurs". Je me suis simplement dit: "Merde!" J'ai quand même voulu faire le show pour les dizaines de milliers de fans qui étaient dans les tribunes. Dans les dix derniers tours, j'ai demandé plusieurs fois à Ron s'il fallait vraiment que je glisse en deuxième position. Et puis un tour passait, et puis un autre. J'étais certain de gagner le championnat, mais il n'y a rien de plus beau que de gagner le titre en gagnant une course. C'était vraiment une torture dans mon esprit." Puis Senna se souvient que c'est à peu près de cette manière que la guerre avec Prost avait commencé, par la non-respect d'un accord d'avant course... "Et puis, j'ai entendu un message radio, mais je n'ai pas compris ce qu'on me disait. J'imagine qu'on me demandait de laisser passer Gerhard. J'ai demandé de répéter. Si, après la course, je prétextais ne pas avoir compris le message, je savais que personne ne me croirait. Je devais bien ce petit coup de pouce à Gerhard. Il était aussi rapide que moi dans cette course." L'Histoire retient que le 20 Octobre 1991, Ayrton Senna a remporté son troisième titre de champion du monde mais elle oublie de mentionner qu'en cette date nous avons aussi découvert la démonstration d'une très belle amitié, fait très rare en Formule 1...
source: Lionel Froissart, Ayrton Senna, croisements d'une vie.
29 août 2007
Le 24 Mars 1991: Ayrton Senna prophète en son pays
Le Grand Prix du Brésil à Sao Paulo est le théâtre de la seconde manche du championnat 1991. Après avoir signé la pole et remporté la victoire à Phoenix, Ayrton Senna débarque sur ses terres relativement confiant. Relativement car il ne l'a jamais emporté en sept participations au Grand Prix du Brésil depuis 1984. Il y a déjà eu des poles, des podiums mais jamais de victoires sur ses terres sacrées. Et pourtant, qu'est-ce qu'il aimerait ajouter cette course à son palmarès... plus que n'importe qu'elle autre. Le fait de courir devant ses compatriotes est une grande fierté pour le champion brésilien. Dans la voiture qu'il l'emmène au circuit le vendredi des essais, Ayrton observe les alentours. Outre les buildings et les maisons chics qui remplissent le centre-ville de Sao Paulo, il y voit des "favelas", des familles entières dans la misère, des enfants couverts de boue jouant au football dans la rue et il sent une terrible douleur lui étreindre le coeur. Il se dit qu'il faut faire quelque chose, que cela ne peut plus continuer comme ça. Une idée est présente dans son esprit depuis quelques mois maintenant, celle d'une fondation à son nom, et il décide d'en parler à sa famille juste après la course. C'est pour combattre la misère et pour soulager son peuple qu'il compte mettre en place cette fondation; c'est pour la même raison qu'il travaille d'arrache-pied et qu'il se bat comme un beau diable à travers le monde, lors des dimanches de Grand Prix. Cela fait de lui l'idole de tout un peuple, bien loin devant Nelson Piquet, l'autre grand pilote brésilien du moment. Ayrton se bat avec son coeur et ses tripes et ceci, les Brésiliens le savent bien. Lorsqu'il dépose pied à terre à son arrivée à Interlagos, une foule de supporters l'assaille afin de lui demander une photo ou un autographe. Après ses deux titres de champion du monde et sa rivalité avec Alain Prost, sa popularité est au plus haut et les Brésiliens le soutiennent plus que jamais. Après avoir signé des autographes et pris quelques photos, Ayrton pénètre au sein du circuit. A partir de maintenant, le pilote prend le pas sur l'homme et rien ne doit plus venir troubler sa concentration.
Lors des essais qualificatifs du samedi, Ayrton réalise une nouvelle pole position, la cinquante-quatrième de sa carrière et la cinquième au Brésil. A peine sorti de sa monoplace, il sort de son stand et se dirige vers le bout de l'allée, où se trouve une tribune. Alors que les spectateurs scandent son nom en rythme, il lève les bras au ciel en baissant la tête, comme pour exprimer humblement sa joie. Le public rugit comme si l'enfant du pays avait déjà remporté la victoire mais Senna tempère ses ardeurs car il sait que la route est encore longue... Après une nuit agitée, comme c'est toujours le cas lorsque la course se déroule au Brésil, Ayrton s'est rendu très tôt au circuit afin de préparer la course comme il se doit. Il s'est enfermé dans le motorhome Mclaren-Honda, ne sortant que pour disputer le warm-up. Après une discussion avec ses ingénieurs et le traditionnel briefing d'avant-course, il retrouve son entourage afin se concentrer au maximum pour l'après-midi. 13h58: l'ensemble des monoplaces s'élance pour le tour de formation. Alors qu'il effectue son tour au ralenti, Senna observe les nombreux drapeaux brésiliens déployés dans les tribunes, et voit les spectateurs qui se sont déplacés en masse pour l'encourager. Il se dit que c'est la bonne, qu'il doit remercier toutes ces personnes qui ont fait le déplacement. Cela lui tient particulièrement à coeur, bien plus que la gloire que pourrait lui apporter cette victoire. Il veut faire vibrer son peuple une fois de plus, c'est tout. Le départ est donné et Senna s'élance parfaitement de sa première position devant un Nigel Mansell très en verve avec sa Williams-Renault. Très vite, les deux pilotes s'échappent peu à peu de la meute mais ne se lâchent pas d'une semelle. Ayrton fournit beaucoup d'efforts pour lâcher le pilote britannique sans jamais vraiment faire le trou. La Williams-Renault semble être plus efficace que la Mclaren-Honda sur le circuit d'Interlagos et Senna est obligé de se donner à cent pour cent pour se maintenir en tête... jusqu'au moment où Mansell part à la faute. Il reste douze tours à couvrir et le Brésilien commence à sentir ses bras se crisper sur son volant. Riccardo Patrese a pris la chasse au volant de la seconde Williams-Renault et Ayrton commence à sentir son souffle alors que sa boîte de vitesse reste bloquée en cinquième. Les tours défilent lentement et, à cause de la fatigue, il ne réfléchit plus... Une averse bienvenue s'abat sur le circuit et c'est sur un air d'apocalypse que Senna passe l'arrivée en vainqueur. Il l'a fait!
Au passage de la ligne, Ayrton crie sous son casque. Des cris exprimant de la joie. Des cris exprimant de la douleur. Il ne sait plus ce qu'il ressent tellement c'est fort et intense. Son esprit est heureux alors son corps souffre le martyr. Il a des douleurs terribles aux bras et aux jambes; le stress a crispé ses muscles au maximum. Après avoir passé les deux premiers virages du circuit, il stoppe son monoplace en plein milieu de la piste. Il est trop épuisé pour piloter son bolide un tour de plus. Après intervention de la voiture médicale, il est emmené dans le paddock pour la cérémonie du podium. En sortant de la voiture, il partage sa joie avec son père en le serrant fortement dans ses bras puis en criant et en souriant. Senna monte avec difficulté sur le podium; on sent que ses muscles lui font terriblement mal mais il veut fêter dignement cette victoire, communier avec "son" public. Sur la plus haute marche, le drapeau brésilien en berne, il ferme les yeux afin de s'abreuver des cris de la foule. Il brandit fièrement la coupe avec un léger sourire qui exprime toutes les émotions du monde. La foule exulte littéralement: le héros national vient d'offrir au Brésil l'une de ses plus belles victoires! C'est avec les larmes aux yeux que Senna s'exprime lors de la conférence de presse: "C'est le plus beau jour de ma vie! Cela faisait tellement longtemps que je rêvais de ce jour. Depuis que je cours en Formule 1, pour des raisons diverses, je ne m'étais jamais imposé au Brésil. Mais parfois, la vie vous réserve des surprises fabuleuses. Aujourd'hui, je suis comblé. C'est un moment fort, spécial que je ne peux même pas décrire." Il parle de surprise dans son interview mais cela n'en est pas vraiment une. Il a remporté cette victoire de haute lutte. Les Williams-Renault étaient bien plus rapides en conditions course et sans son immense talent et son acharnement il ne l'aurait pas emporté. Il n'a jamais lâché prise car il voulait plus que tout offrir une victoire à domicile à son public... C'est sans doute la plus belle victoire de sa carrière jusque maintenant et il est allé au bout de lui-même pour aller la chercher.
Toutes les images de la course: Brésil 1991

































