26 novembre 2008
Brigitte Mohnhaupt
L'inquiétante femme la plus dangereuse d'Allemagne.
23 novembre 2008
Fraction Armée Rouge (die Baader-Meinhof bande)
La Fraction Armée Rouge (aussi appelé le groupe Baader-Meinhof ou la bande à Baader du nom de ses leaders présumés, Andreas Baader et Ulrike Meinhof) était une organisation révolutionnaire d'extrême-gauche qui a sévi en Allemagne de l'Ouest à partir de la fin des années 1960. Elle a notoirement été rendue célèbre par la vague d'attentats qui a défrayé la chronique jusque la fin des années 1990, bien que l'essentiel du mouvement se soit passé dans les années 1970. C'était l'époque des années de plomb, ces années où les groupes terroristes posaient des bombes, enlevaient des personnalités et assassinaient partout en Europe de l'Ouest: les Brigades rouges en Italie, Action Directe en France, les Cellules communistes combattantes en Belgique et donc, la RAF en Allemagne de l'Ouest. Ces années où l'on pensait que tout allait sauter. Je vais revenir sur cette histoire incroyable de jeunes allemands qui se sont donnés corps et âmes à une cause qu'ils pensaient juste, coincés entre l'expiation des crimes nazis de la génération précédente et la lutte actuelle contre l'impérialisme... dans une vague de violence qu'ils ne maîtrisaient plus vraiment. Les chansons sont extraites de la bande originale du film la bande à Baader sorti le 12 novembre 2008.
Les origines du mouvement: le 2 juin 1967
C'est le 2 juin 1967 que Mai 68 a commencé en Allemagne. Ce jour-là, le shah d'Iran Rezah Pahlavi (qui avait écrasé l’opposition dans son propre pays avec une extrême brutalité) et son épouse Farah Diba rendent une visite officielle à Berlin-Ouest, déclenchant une vague de manifestations. Lors de l'une d'elles, après que les supporters du Shah s'en soient pris aux étudiants allemands, la police a violemment dispersé les manifestants. Quelques minutes plus tard, un étudiant de 26 ans, Benno Ohnesorg, est tué dans une arrière-cour par une balle tirée par un policier, qui ne sera pas condamné, ayant utilisé son arme en "légitime défense putative" selon la justice. C'est le début d'une mobilisation étudiante impressionnante contre l'Etat policier avec notamment Rudi Dutschke (dit Rudy le Rouge) à sa tête pour des manifestations, des sit-in et des conférences en amphithéâtre dans les univertsités. En face, le gouvernement composé par les grands partis CDU/CSU et SPD, fait preuve d'une répression féroce et monolithique. Sans oublier le groupe de presse Springer, qui contrôle 78 % de la presse berlinoise et 33 % de la presse nationale et qui orchestre une campagne forcenée contre les étudiants, les accusant de fomenter le désordre et l'anarchie et d'être à la solde des Soviétiques. Le 11 avril 1968, Rudi Dutschke va être grièvement blessé par balles lors d'un attentat commis par Josef Bachmann (il mourra des suites de ses blessures en 1979).
En souterrain, c'est Andreas Baader et Gudrun Esslin, future égérie de la RAF, qui s'organisent pour utiliser des moyens plus radicaux. Gudrun Esslin est la fille d'un pasteur et connaît une vie plutôt tranquille avec son mari, de qui elle a eu un enfant, jusqu'au jour où elle devient amante d'Andreas Baader qui possède une forte personnalité, bagarreur et cavaleur. Ensemble, ils vont devenir les Bonnie and Clyde du terrorisme allemand en laissant derrière eux famille et enfants. Dès le 3 juin 1967, Esslin prononce ces mots: "Ils nous tueront tous - vous savez à quels salauds nous avons affaire - c'est la génération d'Auschwitz. Ils ont des armes et nous n'en avons pas. Nous devons nous armer." De nombreux jeunes étudiants en quête d'identité viennent gonfler leurs rangs. Car ce qui caractérise le mouvement étudiant en Allemagne, en plus de la bataille contre la guerre au Vietnam, l'impérialisme américain et la société de consommation, c'est également un lourd questionnement sur les fautes commises par leurs parents sous le nazisme. Sujet tabou dans les années 50, le travail de deuil sur le passé nazi commence à la fin des années 60. C'est le début d'une confrontation sociale qui va tourner à l'hystérie collective.
1970: la création de la RAF
La première action de la bande à Baader date du 3 avril 1968, lorsque Gudrun Esslin, Andreas Baader et deux membres moins connus de la bande ont fait exploser deux bombes dans des grands magasins de Francfort-sur-le-main en pleine nuit, pour ne blesser personne. Ils seront condamnés à une peine de prison de trois ans. Ulrike Meinhof, une journaliste de 34 ans, les rencontre lors de leur séjour en prison. Meinhof est une activiste d'extrême-gauche elle aussi et combat l'impérialisme comme Baader et Esslin mais d'une autre manière, en écrivant des articles. Mère de deux jeunes filles, elle tente de concilier son travail et leur éducation. Lors de ses rencontres avec les deux prisonniers, très radicaux dans leur façon de penser, Ulrike Meinhof finit peu à peu par se laisser convaincre de l'utilité d'une action armée. Le 14 mai 1970, elle participe avec un commando à la libération spectaculaire d'Andreas Baader. Il s'agit de l'acte fondateur de la Rotte Armee Fraktion (RAF). Désormais, la bande à Baader aura un porte-voix talentueux et reconnu. Traquée par les services de police en tant que terroriste, Ulrike Meinhof ne reverra plus jamais ses filles.
La Fraction Armée Rouge entend déclencher une révolution d'inspiration maoïste, en recourant à la guérilla urbaine, au travers d'attentats et d'enlèvements frappant l'élite politique et économique du pays. Les répressions que ces actions susciteraient est censée provoquer le "réveil" des masses contre un Etat se révélant comme fascisant. Pour cela, tous les membres de la RAF (une vingtaine d'éudiants les ont rejoint) rejoignent le proche-Orient où ils apprennent à manier le Kalachnikov dans les camps palestiniens du Fatah. Après avoir réalisé des braquages pour rassembler l'argent nécessaire à la lutte, la RAF commencent à poser des bombes dans les bases américaines présentes en Allemagne de l'Ouest, à Heidelberg et à Francfort. Dans l'une d'entre elles, l'ordinateur U.S. chargé de programmer les bombardements du Vietnam était visé. A chaque attentat, Ulrike Meinhof écrit un texte agressif exhortant la population à se révolter. Mais, peu à peu, la situation dégénère et l'étau se resserre autour du groupe Baader-Meinhof. Les forces de police mettent en place un système de contrôle impressionnant et les photographies des terroristes sont placardés dans tous les espaces publics. En 1972, la grande partie des membres de ce que l'on appelle "la première génération" se fait arrêtée. Gudrun Esslin, Jan-Carl Raspe, Andreas Baader et Ulrike Meinhof sont incarcérés au pénitencier de Stammheim où se déroulera leur procès.
1977: "L'automne allemand", le paroxysme de la violence
En tant que prisonniers politiques, les têtes pensantes de la RAF sont enfermés dans des cellules très spéciales, insonorisées et surchauffées, surnommées "à isolation sensorielle". Voici un passage de ce qu'Ulrike Meinhof a écrit dans sa lettre du couloir de la mort (1972) lorsqu'elle s'est retrouvée enfermée dans l'une de ces cellules: "Sentir ta tête exploser (sentir ta boîte crânienne sur le point d'éclater en morceaux). Sentir ta moelle épinière te remonter au cerveau à force d'être comprimée. Sentir ton cerveau comme un fruit sec. Sentir que l'on te vole ton association d'idées. Sentir ton âme pisser à l'intérieur de ton corps comme si tu n'arrivais plus à fixer l'eau. Sentir la cellule bouger. Tu te réveilles, tu ouvres les yeux: la cellule bouge." Les prisonniers entament tous une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention déplorables. Après avoir été maltraité et nourri de force, Holger Meins, l'un des membres de la première heure, décède en prison. L'opinion publique s'indigne et s'interroge sur les conditions de détention des membres de la RAF. En 1974, Jean-Paul Sartre rend visite à Andreas Baader au pénitencier de Stammheim (voir l'intégralité du texte présent ici: La mort lente d'Andreas Baader).
En 1975, un commando recruté par l'ancien avocat de Baader, Siegfried Haag, prend en otage l'ambassade allemande de Stockholm et ses employés, exigeant la libération des membres de la RAF. C'est un échec. Le gouvernement allemand préfère envoyer un commando pour libérer l'ambassade mais cela se finira par une explosion faisant plusieurs morts, dont deux employés. Le 9 mai 1976, Ulrike Meinhof est retrouvée pendue dans sa cellule de Stammheim. Au dehors, on croit à un assassinat. Les manifestations se multiplient dans un contexte très tendu. Bien qu'elle soit emprisonnée, la RAF fait encore beaucoup parler d'elle. En 1977, Brigitte Mohnhaupt, qui avait écopé une peine de prison de cinq ans pour des faits mineurs, sort de prison. Elle va dès lors recruter ce que l'on appelle la "deuxième génération" de la RAF qui va semer la terreur lors de l'automne 1977. Dès avril, un commando où sont présents Christian Klar et Mohnhaupt, assassine l'avocat général Siegfried Buback, un adversaire résolu de la RAF, qui est considéré comme responsable de la mort en prison de Meins et de Meinhof. En juillet, une tentative d'enlèvement ratée conduit à la mort du banquier Jürgen Ponto, membre du présidoire de la Dresden Bank.
En septembre, Hanns-Martin Schlyer, président de la Confédération des associations patronales allemandes, ancien SS et membre du parti nazi, est enlevé. Dès le lendemain, un communiqué exigeant la libération d'Andreas Baader, de Gudrun Esslin et de Jan-Carl Raspe est envoyé. Mais le gouvernement ne cède toujours pas. Profitant de leurs relations avec la nébuleuse terroriste, Brigitte Mohnhaupt et Christian Klar demande de l'aide à des terrorsites palestiniens. Le 13 octobre, un commando palestinien s'empare d'un avion de la Lufthansa, avec 91 passagers à son bord, et exige à son tour la libération des prisonniers de Stammheim. Après un périple ayant successivement conduit l'appareil en Italie, à Chypre, au Barheïn et à Dubaï, l'avion fait escale à Aden le 16 octobre, et les preneurs d'otage assassinent alors le commandant de bord de l'avion, avant que celui-ci ne reparte pour Mogadisco, en Somalie. Le 18 octobre, un commando d'élite de l'armée israelienne prend d'assaut l'avion immobilisé sur l'aéroport de Mogadiscio, et parvient à libérer tous les otages, après avoir tué trois des quatre terroristes. Dès le lendemain, Hanns-Martin Schlyer est retrouvé assassiné dans un coffre de voiture, à Mulhouse.
Les corps inanimés de Baader, Esslin et Raspe sont découverts au petit matin du 18 octobre dans leurs cellules respectives. Andreas Baader et Jan-Carl Raspe sont morts des suites de leurs blessures par balles tandis que Gudrun Esslin s'est pendue et qu'une quatrième prisonnière, Irmgard Möller, est elle aussi retrouvée atteinte de plusieurs coups de feu à la poitrine, mais tout en survivrant à ses blessures. L'enquête n'a jamais pu déterminer comment les prisonniers auraient pu se procurer les armes à feu leur ayant servi pour se suicider ou tenter de se suicider. La thèse officielle du suicide est controversée, Irmgard Möller affirmant plus tard qu'il s'agissait d'assassinats. Brigitte Mohnhaupt a été arrêtée en 1982 puis condamnée à une peine de prison à perpétuité avec une peine de sûreté de 25 ans. Elle est sortie de prison en mars 2007. La RAF va continuer à faire parler d'elle jusqu'en 1998 mais elle n'aura plus la même crédibilité puisque ses têtes pensantes avaient déjà disparu depuis bien longtemps. Selon Ulrich Preuss, cette situation de violence s'explique par un monde politique fermé à double tour: "La société allemande ne disposait ni des institutions politiques ni de la culture démocratique qui lui aurait permis de digérer cette contestation dès 1967." Gerhart Baum ajoutant: "L'Etat a fini par donner de lui l'image odieuse que les jeunes attendaient". Ceci les ayant inévitablement tourné vers une voie de violence extrême et inouïe.
13 avril 2008
La Construction Européenne
L’idée d’une union des pays d’Europe a germé pendant un certain temps dans l’esprit des intellectuels et hommes politiques avant d’être finalement concrétisée. Dès 1848, Victor Hugo parlait des « Etats-Unis d’Europe » et Aristide Briand a proposé un projet d’union au début des années 1930. Cependant, dans les deux cas, le contexte économique et social (mouvement des peuples en 1848 et crise économique des années 1930) n’était pas favorable à un rapprochement entre les pays du continent.
C’est après la Seconde Guerre mondiale que le projet d’une union européenne refait surface. Les résistants y ont fortement pensé pendant la guerre, commençant à élaborer certains projets. En 1946, Winston Churchill prononce un discours célèbre à Zurich (« Debout Europe »), expliquant l’importance d’un rassemblement des pays européens. En 1947 est créée l’Organisation Européenne de Coopération Economique(OECE) pour recevoir les fonds du plan Marshall, qui sont ensuite redistribués à chaque pays. De plus, la conscience renforcée s’explique aussi par le contexte de Guerre Froide. L’Europe de l’Ouest doit se fédérer car d’une part elle se sent menacée par l’URSS et d’autre part, isolée par les Etats-Unis.
I/ L’étape communautaire
Après le nouvel effroi provoqué par la Seconde Guerre mondiale, les hommes politiques cherchent un moyen d’éviter que les pays européens ne se détruisent entre eux. Cela se fera dans un premier temps par les échanges économiques.
A/ La Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA)
Ø En 1951, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères de l’Etat français, lance la création de la CECA sous l’initiative de Jean Monet.
Ø Elle regroupe six Etats européens : la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la France, l’Allemagne et l’Italie.
Ø La CECA est une union douanière où les Etats membres décident de la libre circulation de leurs produits, sur le modèle du Zollverein allemand (la fédération économique des Landers).
Ø C’est aussi un organisme qui décide de gérer la politique des Etats en termes de production de charbon et d’acier. Les Etats ont ainsi une politique commune sur le charbon et l’acier.
Ø Cette politique est dirigée par une institution, la «Haute autorité » dont le budget est alimenté par un impôt spécial prélevé sur les produits sidérurgiques. Son Assemblée est composée d’élus choisis par les Etats membres.
La CECA est le premier pas vers une union fédérale car il y a un transfert de pouvoir et donc, de souveraineté. Quelques années plus tard, l’échec de la Communauté Européenne de Défense (CED) démontre que l’unité politique ne se fera pas tout de suite. Les hommes politiques décident donc de renforcer l’alliance économique.
B/ La Communauté Economique Européenne (CEE)
Ø En 1957, les six pays membres de la CECA signent le traité de Rome, instaurant le « marché commun ». C’est la création de la CEE mais aussi de l’EURATOM (chargée de gérer la production d’énergie atomique).
Ø La CEE est la mise en place d’un libre-échange et d’une libre-concurrence entre les pays et un tarif extérieur commun (TEC). C’est une union douanière pour les produits industriels.
Ø Il y a la création de différentes instances supranationales qui gère la politique commune pour certains secteurs (comme la politique agricole commune, créée en 1962). C’est tout d’abord la Commission Européenne, qui est l’exécutif de la CEE et gardienne du traité. Le Conseil des Ministres, qui est composée des ministres des six Etats membres, est l’instance la plus importante. Le Parlement européen dont les membres sont élus par les Assemblées des pays membres.
Le marché commun, mis en place en 1958, a très bien fonctionné jusqu’à la crise de 1973- 1974. Il a notamment permis l’élargissement à neuf membres avec l’entrée de la Grande-Bretagne, de l’Irlande et du Danemark dans la CEE en 1973. Cependant, très vite, la construction européenne est remise en question par la crise économique. La PAC est difficilement maintenue, un certain nombre de projets sont annulés et l’union politique est une nouvelle fois repoussée. Il faut attendre les années 1980 pour voir apparaître une relance de la construction européenne.
II/ L’impossible union politique ?
Le nombre des membres passe de neuf à douze avec les entrées successives de la Grèce (1981) de l’Espagne et du Portugal (1986). La coopération est renforcée par des programmes comme Eurêka (coopération entre les entreprises européennes et les instituts de recherche) ou Erasmus (programme européen d’éducation supérieure). L’Acte unique de 1986 transforme l’Europe en un espace sans frontières internes, c'est-à-dire sans entraves à la libre circulation des marchandises, des personnes et des capitaux (à partir de 1993). Cette relance est définitivement confirmée par le traité de Maastricht de 1992.
A/ Le traité de Maastricht
Ø Il institue une politique étrangère et de sécurité commune et prévoit l’extension de compétences communautaires déjà existantes : cohésion économique et sociale, recherche et développement. Il ouvre aussi de nouveaux champs d’action : politique industrielle, réseaux d’énergies, de transports, protection des consommateurs, santé, culture, éducation…
Ø Il crée une « citoyenneté européenne », qui donne le droit de vote à chaque ressortissant aux élections européennes dans n’importe lequel des pays membres. La CEE devient l’Union Européenne (UE).
Ø Il lance le projet d’union économique et monétaire (UEM) dont l’objectif avoué est de remplacer les monnaies nationales par une monnaie unique, l’écu (qui deviendra l’euro), émise par une banque centrale européenne.
Sa réalisation suppose une convergence accrue des politiques économiques de chaque Etat membre, ce qui est une nouvelle étape importante vers une union fédérale. Ceci est perçu comme une supranationalité, ce qui explique sa difficile ratification, notamment en France. Les nouvelles adhésions de 1995 (l’Autriche, la Suède et la Finlande) ne pourront pas masquer ces difficultés, qui vont se confirmer avec le projet de Constitution européenne
B/ L’Europe inachevée
Les refus successifs d’adhésion à l’euro de pays comme l’Autriche (2000) ou l’Irlande (2001), sans oublier celui de la Grande-Bretagne, l’Union Européenne commence à montrer des signes de faiblesse dans l’unité. C’est dans ce contexte assez difficile que dix nouveaux pays sont intégrés à l’UE début 2004 (Pologne, Lituanie, Estonie, Lettonie, Slovénie, Chypre, Malte, République Tchèque, Slovaquie et Hongrie). A la fin de l’année, les pays membres de l’UE proposent un projet de Constitution et la mise en place de nouvelles institutions.
Ø D'un point de vue juridique, le texte n'était pas formellement la constitution d'un État. Ce Traité établissant une Constitution pour l'Europe, intitulé retenu par les parties contractantes, n'avait pas pour vocation affichée de créer un État européen fédéral ou supranational dont la constitution se substituerait à celle des États membres. Ce texte était un traité qui établirait une constitution, comme l'indique son préambule, une fois ratifié.
Ø La proposition de ce traité s’explique par la certaine difficulté de faire fonctionner une Europe à 25 avec les mêmes règles que pour une Europe à 15.
Ø La volonté de réunir dans un texte unique les différents traités qui se sont succédé au fil des ans, depuis le traité fondateur de la CECA, jusqu'au traité de Nice de 2001, de façon à les rendre plus lisibles et compréhensibles pour les citoyens européens, ce dernier point échouant du fait de la très grande complexité de cette Constitution.
Ce projet de Constitution est un échec. Ratifié assez facilement pour les pays qui avaient choisi la voie parlementaire, ce n’est pas le cas pour ceux qui avaient choisi la voie du référendum. C’est notamment le cas de deux piliers de l’Europe, les Pays-Bas et surtout la France, ce qui a valu à ce traité de Constitution de mourir dans l’œuf, mettant ainsi le doute sur la possibilité de créer une union politique qui serait l’achèvement attendu depuis plus de cinquante ans. Tout au long de sa construction l’Union Européenne a été la victime du contexte international, que ce soit les différentes crises économiques ou les guerres. Le récent traité de Lisbonne semble avoir relancé pour de bon la construction avec un projet de Constitution qui ressemble à 95% à celui de 2005. Il est en attente de ratification dans la plupart des pays membres. Une ratification qui se fera, cette fois ci, par voie parlementaire.
17 mars 2008
Martin Luther King Jr
Martin Luther King est une des grandes figures de l'Histoire contemporaine et un des hommes dont les actions (caractérisées par la non-violence) m'ont fortement marquées. Sa vie est émaillée de multiples évènements dont je n'ai pas une connaissance suffisante pour en faire moi-même un texte. C'est pourquoi, j'ai une nouvelle fois décidé de reprendre des passages trouvés ici ou là sur Internet. La biographie est cependant très loin d'être complète et elle ne se borne qu'à être une énumération de ce qu'il a réalisé.
Biographie (trouvée ici):
Né à Atlanta (Géorgie) en 1929, Martin Luther King junior est issu d'une famille de pasteurs, il bénéficie d'un environnement culturel favorable. Il devient lui-même pasteur baptiste à l'âge de 19 ans, dans la tradition de son père (pasteur à l'Église Baptiste d'Ebenezer à Atlanta) et de son grand-père. En 1955, Martin Luther King devient le porte-parole du mouvement pour les droits civiques en prenant la tête du comité de soutien à Rosa Parks, cette femme noire arrêtée pour avoir refusé de laisser sa place à un Blanc dans un autobus de la ville de Montgomery (Alabama) où régnait une stricte ségrégation. En 1956, la ségrégation dans les autobus est déclarée inconstitutionnelle. Une visite en Inde en 1959 lui permis d’approfondir sa compréhension du Satyagraha, les principes de Gandhi, concernant la persuasion pacifiste, lequel King détermina comme étant son instrument principal pour les protestations sociales.
« Il est le leader charismatique de la vague contestataire du début des années 1960; le mouvement des droits civiques. Ses paroles ont galvanisé les Noirs et fait changer l'opinion des Blancs modérés. Son principal mérite est d'avoir fait de la traditionnelle revendication des Noirs pour l'égalité, une idée ordinaire dans la conscience de l'Américain moyen. Il cherche à convaincre et non à humilier ses adversaires, lutter contre le mal et l'injustice et non contre les individus, endurer la violence sans riposter en vertu du pouvoir rédempteur d'une souffrance imméritée. Par ailleurs, maintenant que l'agitation a gagné tout le pays et que les Noirs descendent par milliers dans les rues, une question va se poser : du pacifisme de Martin Luther King ou de la résistance armée de Malcom X, laquelle de ces deux formes de lutte l'emportera ? Luther King doit faire la preuve de l'efficacité de la non-violence; il lance alors en 1963 la campagne de Birmingham (Alabama). » (extrait de René-Jil Lavoie Recidive.org).
En 1963, Martin Luther King fut à la tête d’une grande campagne pour les droits civils à Birmingham en Alabama. Il organisa plusieurs manifestations : pour permettre le droit de vote aux Noirs; contre la déségrégation et une meilleure éducation et hébergement à travers les états du Sud. Lors de ces campagnes il fut arrêté à plusieurs reprises. Il était à la tête de la marche historique à Washington le 28 août 1963 où il déclara son célèbre discours : « I have a Dream » ("j’ai un rêve"). En 1964, il a reçu le Prix Nobel de la Paix.
« Afin de suivre la montée en puissance des tendances plus radicales, King s'ouvrit alors à de nouvelles formes de contestation : il soutint la lutte pour le relogement des habitants des bidonvilles de Chicago (1966) et se déclara contre la guerre du Viêt-nam (1967); il resta fidèle à ses convictions non violentes malgré l'écho que rencontraient les partisans du "black power" ("pouvoir noir") et ceux d'une autodéfense armée des Afro-Américains (Black Panthers, créées en 1966), qui tous lui reprochaient sa modération. » (Encyclopédie Hachette) Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis alors qu'il apportait son soutien à une grève d'éboueurs. Quelque 100 000 personnes assistent à ses obsèques à Atlanta. Son assassin présumé, James Earl Ray, s'est rétracté par la suite, et l'enquête fut rouverte en 1997.
"I have a dream", sa plus grande oeuvre:
La partie la plus connue de ce discours ultra-célèbre et qui survit si bien au temps. Un symbole de paix et d'harmonie. Un rêve.
- « I say to you today, my friends, so even though we face the difficulties of today and tomorrow, I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream.
- I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed: “We hold these truths to be self-evident: that all men are created equal.”
- I have a dream that one day on the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at a table of brotherhood.
- I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of injustice and oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice.
- I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the color of their skin but by the content of their character. I have a dream today!
- I have a dream that one day down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification; one day right down in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers.
- I have a dream today.
- I have a dream that one day every valley shall be exalted, every hill and mountain shall be made low, the rough places will be made plains and the crooked places will be made straight and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together. »
24 décembre 2007
Patricia Hearst et "les soldats perdus des seventies"
Ils étaient pétris de bonnes intentions, voulaient améliorer le sort des plus démunis et combattre "l'insecte fasciste qui se nourrissait du peuple" mais les membres de l'Armée Symbionnaise de Libération (SLA en anglais) ne sont en fait passés que pour des terroristes violents et incompris. "Les soldats perdus des seventies", selon l'expression du journaliste Philippe Coste, se battaient pour un idéal gauchiste qui était peu à peu en train de disparaître et que l'opinion publique commençait à percevoir comme une grande illusion. Avec le recul, une chose est sûre: l'état d'esprit du milieu des années 1970 n'est déjà plus celui des années 1960.
La genèse de la SLA
C'est sur le campus de l'université de Berkeley en Californie que s'est formé le groupe fondateur de la SLA en 1971. Russ Little (dit "Osceola" ou "Osi"), un des membres fondateurs, se souvient que la SLA commença à se constituer suite à un programme de visites de prison (Venceremos) et les projection de films au sein de l’extrême gauche de San Francisco. En se rendant au sein des prisons, les jeunes adhérents de Venceremos, une association gauchisante d'aide carcérale, se trouvaient confrontés à des personnes rejetées par une société conformiste et inégalitaire. Choqués et conscients de la difficulté de remodeler l'actuelle société, ils décident de prendre les armes et de provoquer une révolution.
Mais c'est vraiment après l'évasion de prison de Donald DeFreeze (1973), un Afro-Américain cambrioleur multi-récidiviste mué, derrière les barreaux, en ténor révolutionnaire de la Black Cultural Association, et son installation à Berkeley que les choses s'accélèrent. Avec Russell Little ("Osi"), Joseph Remiro ("Bo"), William Wolfe ("Cujo"), Angela Atwood ("Gelina"), Patricia Soltysik ("Zoya"), Camilla Hall ("Gabi"), Nancy Ling Perry ("Fahizah"), Emily Harris ("Yolanda") et William Harris ("Teko"), Donald DeFreeze ("General Field Marshal Cinq Mtume") décide de créer officiellement l'Armée Symbionaise de Libération et prend comme sigle un cobra à sept têtes, inspiré par la spirtualité orientale. On pense que l’adjectif «symbionaise» vient de symbiose, un terme utilisé en biologie pour décrire une interaction à bénéfice mutuel entre des espèces différentes; apparemment, les fondateurs de la SLA avaient les différentes races humaines à l’esprit quand ils forgèrent le mot. Bien que la SLA se considérait comme le meneur de la Révolution noire, DeFreeze était le seul membre noir.
L'enlèvement de Patty Hearst
"Cinque Mtume" assigne à ses fidèles les plus fanatiques son premier ordre d'«exécution populaire»: le 6 novembre 1973, Marcus Foster, le premier Noir élu recteur des écoles d'Oakland, est criblé de balles au cyanure en pleine rue. Foster a eu le malheur, quelques semaines plus tôt, de proposer un système de carte d'identité pour les élèves du secondaire, afin d'interdire aux dealers l'accès des cours de récréation. Il est coupable d'«encartage fasciste» et massacré comme tel. Le meurtre apporte à la SLA une notoriété nationale, et, dès sa naissance, une identité de paria dans la nébuleuse gauchiste californienne. Russell Little et Joseph Remiro, les deux meurtriers présumés du Dr Foster, sont arrêtés en janvier 1974. Les autres membres de la SLA s'agitent car il faut absolument trouver un moyen de les libérer pour qu'ils ne deviennent pas, eux aussi, des opprimés de la prison... Ils décident de frapper un grand coup en enlevant Patricia Hearst, 20 ans, la fille d'un richissime magnat de la presse, Randolph Hearst. Le 4 février 1974, ils réalisent une véritable opération commando au domicile de Hearst et de son petit ami. Après avoir molesté ce dernier, ils enferment Patricia dans le coffre d'une voiture volée et s'enfuient dans une planque. Dans un premier temps, ils demandent que soient libérés Little et Remiro en échange de Patty Hearst. Se rendant compte de l'improbabilité de la demande, ils exigent une rançon sous la forme d'un programme de distribution de nourriture. La famille Hearst doit verser pour 70 dollars de nourriture à chaque indigent de la côte du Pacifique. L'exigence n'est modeste qu'en apparence: on dénombre 1 900 000 indigents dans cette Californie superdéveloppée. Les secours représentent 4 millions de dollars... De la nourriture gratuite est réellement distribuée. Mais, l’opération est interrompue quand une émeute éclate à un des quatre points de distribution.
Patty Hearst n'est pas libérée pour autant. Après deux mois de séquestration, un étrange message passe à la télévision. Patty Hearst déclare prendre le nom de Tania (une des compagnes de Che Guevara) et se rallie à la cause de ses ravisseurs: "J'ai choisi de me joindre aux forces de l'Armée de libération symbionaise et de combattre pour ma liberté et pour la liberté des opprimés." A ce message est joint une photo où on la voit, posant arme à la main devant le cobra à sept têtes symboliques de la SLA. Elle dit de son père qu'il est un "fieffé menteur" et elle demande à son petit ami de l'oublier. Personne n'ose croire à cet incroyable retournement de situation... Et pourtant, deux semaines plus tard, elle est filmée par des caméras de surveillance en train de braquer la Hibernia Bank de San Francisco. On peut la voir crier: "I'm Tania. Up against the wall, motherfuckers!" A l'évidence, quelque chose de surréaliste vient de se passer...
La fusillade du 17 mai 1974
L'aventure s'achève un mois plus tard à Los Angeles. Le groupe, entièrement blanc à l'exception de «Cinque», est repéré facilement dans sa planque du ghetto noir de Compton, et vite encerclé par des centaines de policiers. La bataille dure une après-midi entière, devant toutes les caméras du pays. On retrouvera 3 000 douilles sur place, et six cadavres dans la maison calcinée par les grenades incendiaires, dont ceux de Donald DeFreeze et d'Angela Atwood. Patricia Hearst et les Harris ont eu la vie sauve grâce à leur amateurisme: ils étaient à 20 kilomètres de là, occupés à faucher des… chaussettes dans un magasin de sport. Un vigile les a repérés et Patty Hearst a protégé leur fuite au gros calibre… Terrés dans un motel, ils regardent à la télévision l'épilogue sanglant de la SLA. Hearst devient une des personnes les plus recherchées du pays.
Patty Hearst et les Harris, les membres restants, trouvent du secours incarné par Kathleen Soliah, Wendy Yoshimura, Jim Kilgore, Steven Soliah ou encore Michael Bortin. De nouveaux membres que la fusillade de Los Angeles a particulièrement horrifié, ressemblant à une véritable exécution. Ensemble, ils braquent une nouvelle banque à Carmichael, dans la banlieue de Sacramento le 21 avril 1975. L'affaire se déroule moins bien et une femme d'une cinquantaine d'années, Myrna Opsah est malheureusement et malencontreusement tuée lors de l'opération. Un braquage auquel a participé Patricia Hearst et qui confirme que la SLA est sur la pente descendante, quasiment un an après l'épilogue sanglant de Los Angeles. Le 15 mai 1975 Patty Hearst est enfin appréhendée, plus d'un an après son retournement de veste mais aussi et surtout, plus d'un an après son enlèvement. Elle est condamnée à 17 mois de prison pour le braquage de la banque Hibernia. Pendant ce temps, la plupart des autres membres présents lors du meurtre de Myrna Opsahl courent toujours. Kathleen Soliah, James Kilgore, Emily et Bill Harris et Michael Bortin ne seront arrêtés et jugés qu'au début des années 2000!
Le syndrome de Stockholm
Le surprenant ralliement de Patricia Hearst à la cause de ses ravisseurs s'explique par les conditions dans lesquelles elle a été séquestrée, enfermée pendant plus d'un mois dans un placard, violée à plusieurs reprises par Willie Wolfe dit "Cujo", qui deviendra son amant. L'état psychologique dans lequel elle s'est trouvé à pour nom le syndrome de Stockholm. Elle a peu à peu partagé le point de vue de ces geôliers, prenant même leur défense à plusieurs reprises. Patty a donc déclaré après sa libération qu'elle avait agi sous la contrainte et qu'elle n'était pas réellement consciente de ses actes. Après avoir eu sa peine réduite par Jimmy Carter en 1979, elle a finalement été grâciée par Bill Clinton. Elle a repris une vie normale, devenant actrice, se mariant et ayant plusieurs enfants.
L'histoire de l'Armée symbionaise de libération et de Patty Hearst a fait les gros titres pendant les deux ans où cette affaire a duré. Elle a intrigué une opinion publique américaine qui voyait en ces jeunes gens la représentation d'un idéal qui était peu à peu en train de s'éteindre. Le gauchisme est mort en même temps que la SLA. Les multiples épisodes de ce véritable feuilleton a parfois ému, comme lors de l'enterrement des membres décédés lors de la fusillade de Los Angeles où le père d'une des victimes, Camilla Hall, pasteur, s'est exprimé en ces termes: "Quand des gens meurent debout, pour défendre leur foi, ils deviennent des martyrs." L'Amérique a vibré au rythme de ces incessants évènements car malgré les crimes qu'ils ont commis, ils incarnaient l'image d'une jeunesse où tout était encore possible. Où rien ne semblait figé. Où l'injustice du système capitaliste ne semblait être qu'un mauvais rêve. Oui mais ils sont morts ou en prison, entraînant avec eux les dernières illusions.
26 juillet 2007
La "Central Intelligence Agency" (C.I.A)
La Central Intelligence Agency ou CIA (« Agence centrale de renseignement »), fondée en 1947 par la National Security Act, est l'une des agences de renseignements les plus connues des États-Unis. La CIA est chargée de l'acquisition du renseignement à l'étranger (notamment par l'espionnage) et de la plupart des opérations clandestines effectuées à l'étranger. La CIA a souvent été au centre de complots et de coups d'états qui font d'elle l'agence de renseignement la plus célèbre du monde avec le KGB. Les attentats, assassinats ou coups d'état étranges qui peuvent arriver un peu partout sont souvent portés à sa responsabilité sans que celle-ci n'ait pu être prouvée. La CIA est en quelques sortes l'expression de la domination américaine sur le monde. Mais certains faits qui lui sont reprochés relèvent presque du fantasme... C'est pourquoi, j'ai voulu m'intéresser de plus près à cette agence à la réputation sulfureuse, essayer de reconstituer une partie de son histoire (notamment après avoir vu le film "Raisons d'Etat").
I/La création de la CIA au début de la Guerre Froide
La CIA a été créée à cause de la montée de la guerre froide, ce qui explique qu'à l'origine toute l'action de l'« agence » (aussi bien le renseignement que les opérations clandestines) est initialement dirigée contre l'URSS et le bloc communiste, considérés comme le principal adversary (principal adversaire) des États-Unis. La CIA est donc le principal élément de la politique du containment (endiguement) du communisme édictée par Harry Truman agissant au-delà du rideau de fer. Les actions de la CIA au départ concernent surtout l'Europe, considérée comme le futur champ de bataille de la troisième guerre mondiale. La CIA s'aide notamment (comme tous les services secrets en fait) d'anciens nazis comme le général Reinhard Gehlen, y compris des criminels de guerre qui échappent ainsi aux poursuites judiciaires ; de véritables réseaux dits ratline sont formés pour les faire fuir (à noter que les services anglais, français et soviétiques ont fait de même, mais qu'ils n'ont jamais révélé leurs secrets contrairement à la CIA). Les actions de la CIA reprennent souvent les tactiques de l'OSS pendant la Seconde Guerre mondiale, comme la propagande et des liens avec des groupes de résistants. Le fait que la guerre avec l'URSS semble inévitable au début de la guerre froide fait que la CIA s'intéresse plus aux opérations qu'aux renseignements.
II/ Espionnage et coups d'Etat
Après les premières années de la Guerre froide, les USA et l'URSS comprennent que du fait de la dissuasion nucléaire la guerre a peu de chance d'éclater. Dès lors les affrontements changent et s'étendent partout dans le monde. De son coté, la CIA a compris que le bloc soviétique est bien trop solide pour espérer le voir s'effondrer par ses opérations clandestines comme la tentative du coup d'état en Albanie. Parallèlement, dans le bloc soviétique, les opérations paramilitaires sont abandonnées et la collecte du renseignement s'intensifie et se diversifie : renseignements militaires, politiques, scientifiques… C'est ainsi que (pour ne citer que les cas les plus célèbres) au milieu des années 1950 des agents de la CIA creusèrent un tunnel à partir de Berlin-Ouest pour atteindre des câbles souterrains de communications militaires soviétiques sous Berlin-Est et les mettre sur écoute, et qu'est développé l'avion espion U-2.
Les États-Unis et l'URSS vont rapidement se lancer dans une nouvelle rivalité : installer des gouvernements alliés dans un maximum de pays. C'est là que la CIA va mener la plupart de ses actions dans les décennies suivantes, en renversant des pouvoirs considérés comme hostiles et en installant des régimes fidèles aux États-Unis :
- Opération TP/AJAX : renversement du gouvernement de Mossadegh en Iran en 1954 et le retour du Shah Mohammad Reza Pahlavi.
- OpérationPB/SUCCESS : renversement de Jacobo Arbenz Guzmán au Guatemala et mise en place d'une junte dirigée par Carlos Castillo Armas le 18 juin 1954. On a souvent cité le fait que Allen Dulles, alors DCI (directeur de la CIA), et John Foster Dulles, secrétaire d'État du président Eisenhower, siégeaient au conseil d'administration de la United Fruit Company, dont certaines terres avaient été nationalisées sous Arbenz.
- renversement de Patrice Lumumba au Congo par Mobutu Sese Seko fin 1960.
- renversement du gouvernement Salvador Allende au Chili par un coup d'État, et son remplacement par Augusto Pinochet.
Mais la CIA va échouer sur ses tentatives de renversement de Castro à Cuba, notamment avec le retentissant échec du Débarquement de la Baie des Cochons le 16 avril 1961, puis plusieurs tentatives d'assassinat du leader cubain. À la suite de ces échecs, Allen Dulles, son DDCI Charles Cabell et le DD-P Richard Bissell sont contraints, par le président John Fitzgerald Kennedy, de démissionner. Celui-ci cherche à reprendre le contrôle de la CIA, devenue un « État dans l'État » en nommant des dirigeants qui lui sont fidèles. Kennedy sera assassiné à Dallas le 22 novembre 1963, et certains partisans de la théorie du complot soupçonnent l'implication d'agents et/ou ex-agents de la CIA dans ce meurtre.
III/ Actions politiques à l'étranger
La CIA a régulièrement influencé de façon décisive l'histoire politique des États jugés stratégiques pour les intérêts des États-Unis. Elle a soutenu de nombreux mouvements luttant contre des régimes jugés hostiles, en favorisant le déclenchement de conflits - armés (particulièrement en Amérique latine, dans le monde arabe ou en Asie) ou non armés (Solidarność, en Pologne).
Les opérations les plus célèbres de la CIA sont :
- En 1954, au Guatemala, renversement du président Jacobo Arbenz, et mise en place du dictateur Carlos Castillo Armas via l'opération PBSUCCESS.
- En 1961, dans le cadre de l'opération menée contre Fidel Castro à Cuba, entraînement des exilés cubains anti-castristes pour le débarquement de la Baie des Cochons.
- L'opération Mongoose de 1962 à 1975 (autre opération menée contre Fidel Castro).
- Au Laos, de 1962 à 1975, organisation d'une armée laotienne, connue sous le nom d'armée secrète.
- Programme Phoenix durant la guerre du Vietnam.
- Coup d'état au Cambodge le 18 mars 1970, avec l'aide du Maréchal Lon Nol, renversement du roi Norodom Sihanouk.
- Le soutien au Coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili contre Salvador Allende, puis la participation active à l'Opération Condor.
- En 1974, la récupération d'un sous-marin soviétique qui avait coulé près d'Hawaii (Projet Jennifer).
- L'affaire Iran-Contra, touchant l'Iran et le Nicaragua.
- La lutte contre l'Union soviétique en Afghanistan dans les années 1980, alliée à l'ISI (services secrets pakistanais) et aux services saoudiens, formant des moudjahiddins, entre autres Oussama Ben Laden et ce qui deviendra plus tard Al-Qaida.
- Aide à l'Irak durant la guerre Iran-Irak.
- Depuis les années 1990, elle est soupçonnée de pratiquer l'extraordinary rendition, pratique consistant à enlever une personne et à l'envoyer en secret dans un pays où la torture est pratiquée pour qu'elle y soit interrogée. L'Italie a pour la première fois engagé des poursuites en justice contre ces actions en 2005, suite à l'enlèvement d'un Égyptien à Milan.
IV/ L'après-Guerre Froide
Mikhaïl Gorbatchev avait déclaré peu après la chute de l'URSS : « J'ai fait la pire chose qui pouvait arriver aux États-Unis : je leur ai enlevé leur meilleur ennemi ». Cette remarque s'applique particulièrement à la CIA, dont la structure avait été créée pour lutter contre le communisme et l'URSS. À partir de la fin des années 1980 et de la direction de Robert Gates, la CIA cherche à s'adapter à la nouvelle situation mondiale et aux nouveaux problèmes qui menacent les USA telle la guerre économique. Toutefois elle a eu tendance à adopter un comportement bureaucratique et à manquer d'efficacité. La CIA a ainsi été très critiquée aux États-Unis pour son absence de prévision du 11 septembre 2001. Depuis, l'islamisme est le nouvel ennemi prioritaire de la CIA dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.
V/Bilan
Je n'ai pas appris grand chose en écrivant cette article, pas de choses dont je n'avais jamais entendu parler en tout cas. A l'avenir, je me rappellerai que lorsqu'on parle d'intervention américaine, c'est tout simplement à l'action de la CIA que l'on se réfère, comme dans mon récent article sur le Cambodge. Cela a renforcé ma pensée que la CIA est en fait l'instrument le plus démonstratif de la politique de "gendarmes du monde" des Etats-Unis. Mise en place de dictatures, utilisation de la torture etc sont les mauvais côtés de cette politique de domination. Tout a été mis en place pour protéger les intérêts des Etats-Unis, et je me demande si ce n'est pas encore comme ça maintenant. Dès qu'une chose étrange se passe, c'est le même refrain, "encore un coup de la CIA". Grâce à cette article, j'ai pu constater que sa réputation sulfureuse n'était pas surfaite. Je pousserais sans doute mes réflexions dans l'avenir...
(source: wikipedia)
22 février 2007
L' affaire Paul Touvier: la France continue à épurer son lourd passé dans les années 1990
Paul Touvier est, pendant la Seconde Guerre Mondiale, un haut responsable de la Milice, la police politique de Vichy. Il est chef régional de la Milice à Lyon et il participe à la persécution des Juifs et à la lutte contre les résistants. Il inflitre la Résistance, interroge des prisonniers, dirige des rafles, pille des biens... Il venge Philippe Henriot, le porte-parole de Vichy, en faisant fusiller sept juifs à Rillieux-la-Pape en Juin 1944. A la fin de la guerre, alors qu'il est traqué, il est condamné à mort par contumace par la cour de justice de Lyon. La police met la main sur lui en 1947 mais, après son interrogatoire, il arrive à s'échapper juste avant d'être emmené devant le peloton d'exécution à Lyon, dans des conditions restées mystérieuses. Sa longue cavale commence, elle va durer 43 ans.
Il ne fait plus parler de lui jusqu'en 1971, où il est grâcié par le Président de la République de l'époque, Georges Pompidou. L'élément clé de cette opération est le Monseigneur Charles Duquaire, ancien secrétaire du diocèse de Lyon. Etant "ému" par la situation de la famille de Touvier, obligée de se cacher en permanence, il en fait la grande affaire de sa vie. Le lobby catholique, qui soutient Paul Touvier, obtient sa grâce le 23 Novembre 1971. Cette mesure est rendue publique par l'Express et déchaîne une tempête au sein de l'opinion. Touvier est accusé de crime contre l'humanité tel qu'il a été défini en Août 1945, lors des procès de Nuremberg: "pour des motifs religieux". En effet, après avoir été retrouvé puis s'être enfui, une bande magnétique a été retrouvé chez lui où il avoue sa culpabilité dans l'affaire de Rilleux-la-Pape.
La cavale se poursuit... Recherché par d'anciens résistants qui veulent sa peau, traqué par la police à partir de 1981 (un mandat d'arrêt a été lancé contre lui), il arrive toujours à passer entre les mailles du filet. Pour certains observateurs de l'époque, cela devient clair, Paul Touvier est protégé et soutenu par une institution ou une organisation très habile. A force de chercher, deux journalistes du Canard Enchaîné tombe sur une organisation catholique un peu particulière, appelée "les Chevaliers de Notre Dame", constituée d'intégristes. Cette association, fondée par Dom Gérard Lafond (père abbé de Wisques, dans le Pas-de-Calais) a pour but l'aide aux prisonniers et à leurs familles. Elle est dirigé par Jean-Pierre Lefebvre, un ancien waffen SS de la division Charlemagne (cette division était composée de volontaires français).
La gendarmerie remonte le réseau, après des écoutes téléphoniques où la preuve leur a été apportée que les Chevaliers de Notre Dame et Touvier étaient bien len relation, et finissent par trouver Paul Touvier au prieuré Saint-François, à Nice. Son procès est organisé trois ans plus tard, en 1992. Alors qu'il cherche à se dédouaner en déclarant qu'il a agit sous la contrainte, son antisémitisme virulent apparaît au grand jour lorsque ses archives ont été ouvertes. Des insultes contre des personnalités de confession juive (comme Elisabeth Badinter, la femme de l'ancien Garde des Sceaux) y étaient proférés et Paul Touvier est confondu. Il est condamné à perpétuité et meurt à la prison de Fresnes, le 17 Juillet 1996.
Nous avons appris qu'il a été protégé par plusieurs établissements catholiques à travers la France. Les médias se sont alors emballés, parlant du procès de Touvier comme un procès de l'Eglise catholique. C'est l'excellent historien René Rémond qui a été chargé d'enquêter sur la relation entre l'Eglise et Touvier. Il a eu comme conclusion "qu'il n'y avait pas eu de politique de l'Eglise en général" mais que ces protections étaient "le fruit d'initiatives individuelles" (très nombreuses au passage). Toujours est-il que l'Eglise a été éclaboussée par le scandale, certains prêtres justifiant leurs actes comme l'expression de la "charité". Difficile de faire la part des choses, mais des personnes pensaient vraiment que Touvier n'était pas condamnable. A l'enterrement de Paul Touvier, le prêtre Philippe Laguérie a exprimé son soutien à l'ancien milicien en fustigeant la Ve République, les médias, la partie civile etc. Il l'a présenté comme une "âme délicate, sensible et nuancée"...
05 février 2007
Le bogue informatique de l'an 2000
Nous avons eu la grande chance de vivre un moment historique il y a quelques années: le passage au XXIème siècle mais aussi et surtout celui au IIIe millénaire. Mais tout ne s'est pas fait facilement, parce-qu'il régnait une grande crainte autour d'un possible bogue (ou bug) informatique qui aurait touché absolument tous les ordinateurs. C'était une erreur de programmation portant sur le format de la date: il manquait deux chiffres correspondant à l'année, de sorte qu'à l'approche de l'année 2000 (passage de 99 à 00, correspondant à l'année 1900), il risquait d'avoir des disfonctionnements dans les traitements informatiques. Il était plus lié à la gestion des grands ordinateurs dits "mainframes" (300 à 600 milliards de lignes de programme potentiellement affectées dans le monde) qu'aux systèmes industriels.
La communication qui a été faite sur le problème de l'an 2000 les années qui ont précédé a provoqué une véritable vague de panique au sein de la société. Certains s'attendaient à une sorte de passage au chaos: disfonctionnement de la Bourse qui aurait entraîné la chute des marchés, des avions qui risquaient de tomber du ciel... Ce problème a en fait réveillé, dans l'inconscient collectif, certaines peurs sur les risques liés au manque de maîtrise des êtres humains sur la technique: claustrophobie, risque de chute sous l'effet de pesanteur... C'est aussi une révélation du fait que l'informatique soit devenu un élément fondamental de la vie contemporaine. Peut-on encore vivre sans ordinateur?
Finalement, aucun problème critique ne s'est produit. Cependant des sommes énormes se comptant en centaines de milliards ont été dépensées pour traiter le problème de 1995 à 2000! Comme quoi... Je me rappelle que j'étais tranquillement chez moi et que j'attendais minuit avec impatience. Je m'attendais à une panique générale, à ce que le ciel devienne rouge sang et que tout s'écroule. Je me suis alors mis à penser que le jour où une catastrophe arrivera, on ne l'aura pas prévue. Tout ce qui est prévisible n'est pas vraiment une catastrophe puisque l'on a pu prendre des mesures pour y remédier...
28 novembre 2006
Le pétrole dans les relations internationales
Après avoir récemment vu le film Syriana et afin de répondre à certaines interrogations concernant l'importance qu'a le pétrole dans la société actuelle, je me suis intéressé de plus près aux enjeux et aux conséquences que peut avoir "l'Or Noir" dans le monde aujourd'hui. Les questions que je me pose portent essentiellement sur les manipulations politico-militaires, particulièrement dans le Moyen-Orient, que peut provoquer cette ressource inévitable et plus particulièrement sur les raisons qui poussent à ce manipulations. En me basant sur une dissertation historique je vais chercher à démontrer à quel point l'Histoire peut être essentielle pour comprendre le monde contemporain. Pour cela, je vais utiliser l'excellent travail de Marcel Bernard, duquel je vais résumer les idées principales, agrégé d'Histoire et professeur à l'université Clermond-Ferrand II.
Introduction:
Au cours de la seconde moitié du XXème siècle, le pétrole devient une source d'énergie indispensable au développement économique, mais aussi à la puissance militaire des différents pays du monde: il alimente différents moyens de transport (de l'automobile à l'aviation) et certaines productions industrielles (la pétrochimie, la production de matières plastiques). L'organisation du marché du pétrole revêt ainsi une importance stratégique, d'autant que les ressources pétrolières sont concentrées sur certaines régions: marqué par l'instabilité politique, le Moyen-Orient devient le principal producteur. La question du pétrole prend donc une place croissante dans les relations internationales et fait l'objet de tractations diplomatiques. Elle est à l'origine de certains conflits militaires. Elle met aux prises les Etats-Unis, qui contrôlent ce marché au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et les pays du Moyen-Orient, que leurs intérêts communs ont rendu peu à peu solidaires. La première puissance mondiale a-t-elle réussi, malgré tout, à maintenir une domination sur le marché du pétrole, fût-ce de manière indirecte?
I/Le déclin de la prépondérance américaine (1945-1973)
1. Un marché dominé par les Américains
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les Américains dominent le marché du pétrole: 62,5% du pétrole extrait en 1946 vient des Etats-Unis où la demande a été liée à la seconde Révolution Industrielle depuis le début du XXème siècle. Mais la production nationale ne peut pas complètement répondre à l'envol de la consommation dû en grande partie au développement de l'automobile et à l'entretien d'un arsenal militaire moderne. Les firmes américaines renforcent leur présence au Vénézuela mais aussi et surtout au Moyen-Orient, dont les ressources commencent à peine à être exploitées. En 1945, les Américains concluent un accord avec l'Arabie Saoudite (ce qui explique la forte alliance qui existe toujours aujourd'hui entre ces deux pays), qu'ils placent sous leur domination militaire et économique. Le marché pétrolier est dominé par quelques grandes firmes américaines et britanniques qui imposent leurs conditions aux Etats où se trouvent les concessions.
- 2. La multiplication des acteurs
Les Américains tentent de conserver cet avantage, malgré la mutation rapide qui affecte le marché du pétrole dans les années 1950 et 1960. L'exploitation de nouveaux gisements, principalement au Moyen-Orient mais aussi en Afrique et en Asie s'intensifie en raison de la demande croissante. Même si la part des Etats-Unis dans la production mondiale diminue (33% en 1960) et que celle du Moyen-Orient augmente (20% en 1956), cette dernière est encore majoritairement contrôlée par les intérêts américains. Les Occidentaux dominent le marché pétrolier: il concentrent 75% du raffinage et de la consommation de pétrole durant les années 1950 et 1960! Alors que la France et l'Italie tentent de se procurer du pétrole sans passer par les firmes américaines (sans succès), les pays communistes cherchent à constituer leur propre marché pétrolier autour des réserves soviétiques et roumaines. C'est aussi pour diversifier ses sources d'approvisionnement que l'URSS déploie une intense activité diplomatique dans le Moyen-Orient au cours des années 1950. La question pétrolière reflète ainsi l'évolution des relations internationales: domination américaine, velléités d'autonomie de la part des pays européens, conflit Est-Ouest. Elle ne peut également échapper à l'émergence du Tiers-Monde.
- 3. L'émergence d'un nationalisme pétrolier
Prenons l'exemple d'une des crises, qui se passe en Iran au début des années 1950. Le député progressiste Mossadegh dénonce l'accord passé en 1949 entre son gouvernement et la principale société du pays (AIOC), accusée de spolier les Iraniens. Premier ministre en 1951, il nationalise le pétrole iranien pour des raisons économiques mais aussi et surtout avec un objectif politique: il s'agit d'affirmer la souverainté de l'Iran et son indépendance à l'égard de la tutelle occidentale (anglaise en l'occurence). Face à la réaction intransigeante des Anglais, qui organisent un embargo sur le pétrole iranien, Mossadegh s'appuie sur l'opinion publique iranienne et sur le bloc communiste. Il tente de convaincre les Américains, qui plaident pour une entente entre Iraniens et Britanniques. En vain. En 1953, à la suite de deux coups d'Etat, dans lesquels la CIA est impliquée, Mossadegh est arrêté et destitué. Son successeur trouve un accord avec l'AIOC: celle-ci accepte la nationalisation, en échange de sa participation dans le consortium chargé d'exploiter le pétrole iranien. Cette crise montre l'internationalisation des enjeux pétroliers, puisqu'elle a suscité des prises de position chez la plupart des grandes puissances et de l'ONU.
II/ Le pétrole, une arme pour un nouvel ordre mondial (depuis 1973)?
- 1. L'OPEP, nouvel acteur des relations internationales
Fondée en 1960, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) poursuit d'abord un objectif économique. Produisant la moitié du pétrole mondial, ses membres estiment pouvoir en fixer le cours. En 1971, alors que Nixon suspend la convertibilité en or du dollar, l'OPEP décide de fixer le prix du baril de pétrole en fonction des variations de la monnaie américaine: c'est une première manifestation d'autonomie par rapport aux puissances occidentales. S'ensuit une vague de nationalisation de compagnies pétrolières: l'Agérie en 1971 ou encore l'Irak en 1972. C'est aussi à partir de 1973 que l'OPEP se sert du pétrole comme une arme en réponse à la guerre du Kippour. Les producteurs arabes décident l'embargo sur les exportations pétrolières vers les Etats-Unis, l'Afrique du Sud etc qui ont apporté leur soutien à Israël. Le prix du pétrole est multiplié par 11 entre 1973 et 1982!
- 2. L'exacerbation des rivalités internationales
En raison de la hausse des prix, le pétrole devient une ressource précieuse et convoitée. Il attise les rivalités entre Etats, comme entre l'Iran et l'Irak à partir de 1980. Saddam Hussein réclame quelques zones frontalières, qui recèlent d'importantes réserves pétrolières. Lorsque la guerre contre l'Iran s'achève, en 1988, l'Irak doit rembourser des dettes importantes. Il se tourne vers le Koweit, dont il n'a jamais accepté l'indépendance. Il réclame l'annulation de ses dettes, ce que le gouvernement koweïtien refuse. Le 2 Août 1990, Saddam Hussein décide alors d'annexer le Koweit. En contrôlant les réserves pétrolières de ce pays, l'Irak peut devenir le premier producteur du Proche-Orient, ce qui inquiète ses voisins. C'est sans doute cette perspective qui pousse les Saoudiens et les émirats arabes à manifester leur solidarité à l'égard de l'émir du Koweit puis à entrer dans la coalition militaire dirigée par les Etats-Unis. Pour conserver une large autonomie dans l'organisation du marché pétrolier, mieux vaut un protectorat américain qu'une domination irakienne.
- 3. Les adaptations américaines
La guerre du Golfe souligne le retour de l'interventionnisme américain et démontre également l'importance que prête ce pays à l'enjeu pétrolier. Justifiée par le droit international, l'aide apportée au Koweit vise aussi à maintenir intact le système grâce auquel les Etats-Unis contrôlent indirectement une partie des flux pétroliers. Comme nous l'avons déjà mentionné, les Etats-Unis ont déployé une importante activité diplomatique et militaire au Moyen-Orient. Profitant du déclin de l'OPEP, ils ont renforcé les liens qui les unissaient à l'Arabie Saoudite et les principaux émirats arabes (Oman, Qatar...). Ils assurent notamment leur sécurité par un important réseau de bases militaires qui peuvent être mobilisées contre les Etats rejetant cette ordre américain (Yémen, Iran, Irak...). Cette politique renforce un clivage entre les pays sous tutelle militaire américaine, qui concentrent la majorité de la production pétrolière de cette région, et les pays qui affichent leur indépendance, dont l'Irak était le principal représentant. La guerre contre l'Irak a bien visé à assurer la pérennité de ce "nouvel ordre américain" dans une zone que le pétrole rend stratégique.
Conclusion:
Le pétrole est à l'origine de conflits régionaux, comme ceux qui opposent certains pays du Moyen-Orient mais il a aussi été utilisé comme arme diplomatique, notamment lors des conflits israélo-arabes. L'ordre mis en place dans la première moitié du XXe siècle a été ébranlé au cours des années 1970 - une décennie noire pour la puissance américaine: l'OPEP atteint alors le sommet de sa puissance et semble en mesure de contester la domination occidentale. Mais les évolutions géopolitiques des deux dernières décennies du siècle, ainsi que la réaffirmation de la suprématie militaire des Etats-Unis à l'échelle mondiale n'ont pas permis de changer fondamentalement le rapport de forces.
24 octobre 2006
John Fitzgerald Kennedy (1917-1963)
John Fitzgerald Kennedy (JFK) est une des figures emblématiques de l'Amérique des années 1960. Son activité politique, le mystère autour de son assassinat ont fait de lui un mythe. Il est un des personnages les plus appréciés du XXeme siècle: il a peut-être été encore plus apprécié après sa mort que pendant son mandat inachevé de président... Ce personnage, le charisme qu'il dégage, son énergie, son style en font un des personnages les plus intéressants de l'Histoire à mes yeux, c'est pourquoi je tiens à revenir un peu sur sa vie, sa mort.
Après avoir connu une ascension politique fulgurante, largement chaperonnée par son père, le très influent Joe Kennedy, il se présente en tant que candidat démocrate aux élections présidentielles de 1960. Sa beauté, sa fraîcheur et sa façon de se présenter lui ont permis de donner bonne impression aux téléspectateurs. On l'a surnommé le "président de la télévision" car les débats télévisés étaient alors une innovation toute récente. C'est ce que lui a donné la victoire face à un Nixon mal rasé et vieillissant, qui était pourtant en tête des sondages lorsque les débats se déroulaient à la radio... JFK incarne à la perfection, par sa jeunesse et son image, la volonté des années 1960 d'en finir avec les vieilles traditions.
Sa politique extérieure:
Il est jeune mais il n'est pas tendre, comme pourrait en témoigner Nikita Khrouchtchev. Après avoir commis l'erreur de laisser la CIA tenter le débarquement de la baie des Cochons (à Cuba) en 1961, il va se méfier des institutions américaines (FBI, CIA ou l'armée) et va agir à sa manière. En 1962, une deuxième crise intervient et Cuba en est une nouvelle fois l'origine. Après que des avions espions américains aient découvert des bases de missiles soviétiques, le Haut Commandement américain lui conseille d'intervenir militairement...
Mais Kennedy ne se laissera pas avoir une seconde fois. Ne voulant pas précipiter le monde dans une guerre nucléaire, il lance un ultimatum à Khrouchtchev afin qu'il démantèle ses bases de missiles. Le bras de fer s'intensifie lorsque des bâteaux soviétiques chargés d'ogives sont envoyés vers Cuba. Au tout dernier moment, Khrouchtchev cède et demande le retour des navires et le démantèlement des bases de Cuba. La relation entre les deux grands était vraiment sous tension. Même s'il est mal vu au sein des hautes sphères militaires, Kennedy a gagné énormément en terme de reconnaissance à l'échelle de la politique mondiale.
Il persévère d'ailleurs en se rapprochant de l'URSS: il signe le traité de Moscou sur le désarmement nucléaire le 5 Août 1963. Il faut aussi rappeler que c'est lui qui accroît les effectifs américains au Vietnam. Cependant, se rendant bien vite compte que la victoire ne sera pas si facile qu'imaginée, il a déclaré au sujet de la guerre: "ce sont les Vietnamiens qui doivent la gagner ou la perdre". Des documents, publiés longtemps après sa mort, confirment qu'il souhaitait un retrait des troupes américaines avant 1965.
Sur le front intérieur, sa politique se résume en deux mots: "Nouvelle Frontière". C'est un plan social qui entend s'attaquer aux insuffisances et aux déséquilibres de la société américaine. Il sera aussi l'un des précurseurs de la fin de la ségrégation raciale aux États-Unis en appuyant le mouvement pour les droits civiques mené par le pasteur Martin Luther King. Un héritage qui sera mis en application sous Johnson. Il semblait être un bon président et pourtant quelqu'un ne l'entendait pas de cette oreille...
Lors d'une visite officielle à Dallas, au Texas, le 22 Novembre 1963, John F. Kennedy est assassiné. Au jour d'aujourd'hui il est toujours impossible de déterminer QUI a assassiné JFK et surtout pourquoi. Lee Harvey Oswald a été considéré comme ayant agi seul mais certaines preuves viennent démentir cette thèse, notamment le film de Zapruder, où l'on peut voir le président américain recevoir deux balles provenant de DEUX directions DIFFERENTES. Le mystère reste entier.



























