Emilie
Aujourd'hui c'est la rentrée. C'est difficile de s'exprimer sur ce que je ressens sur l'instant, c'est quelque chose qui est compris entre le stress et l'allégresse, entre une envie d'y courir et de fuir. C'est ma première journée au lycée, et je ne sais pas trop à quoi m'attendre. Nouvel établissement, nouvelle classe, nouvel objectif: c'est ma vie entière qui prend un nouveau départ en ce mois de Septembre 2001. Dès que je mets les pieds dans la classe, je repère une fille, dont le charme dépasse celui de toutes les autres réunies. Elle a de longs cheveux blonds cendrés qui lui tombent sur les épaules et qui descendent jusqu'aux omoplates. Elle scrute les alentours avec ses profonds yeux verts qui pétillent lorsqu'elle rit. Elle est souriante, vivante. Je ne connais pas son nom mais je sais déjà que quelque chose de très fort va se construire entre nous, j'en suis convaincu.
Emilie. Elle s'appelle Emilie. Les premières semaines, les premiers mois que nous avons passé ensemble dans la classe n'ont fait que confirmer mes premières impressions. Cette fille n'est pas comme les autres... Elle possède une joie de vivre étonnante et elle donne l'impression que rien ne pourra jamais la lui enlever. J'aime quand elle me regarde et qu'elle me sourie. J'aime lorsqu'on passe du temps ensemble, à rire sur tout et n'importe quoi. J'aime tout simplement être avec elle. Et si je l'aimais tout court? Elle ne semble pas être réticente à mes avances qui se font de plus en plus claires. Le problème, c'est qu'elle a déjà un copain... et qu'elle est amoureuse de lui. Je ne sais pas trop ce que je dois faire mais je suis sûr d'une chose: je l'aime et jamais rien ne pourra briser ce sentiment. Je n'arriverais jamais à le cacher au fond de moi, je n'arriverais jamais à me mentir. C'est trop puissant...
Nous sommes en Angleterre avec toute la classe depuis maintenant deux jours. Loin de mes parents, loin de mon quotidien, je m'épanouis. Son copain m'a déjà menacé au téléphone une fois mais je me sens invincible, je me laisse guider par ce que je ressens et non pas par la morale. A Londres, alors que l'on se promène lentement dans Oxford Street, nos mains se frôlent, se caressent tendrement. Sans un regard porté l'un à l'autre on se prend la main. Moment magique pour moi, loin de tout ce que j'ai pu ressentir auparavant! On n'a pas besoin de se parler, pas besoin de s'exprimer sur le sujet, nous comprenons tous deux ce que ressent l'autre presque immédiatement. Je me sens fort comme si je venais de survivre à l'épreuve du feu. Je me sens heureux...
Un doux soleil de printemps commence à briller en ce début de mois de Mai. Emilie et moi sommes très proches et on passe toutes les heures libres entre les cours à se regarder, à discuter. Quelque chose se passe entre nous mais je n'arrive pas à mettre un nom dessus. On se voit en cachette, on se donne la main en dessous des tables au CDI, on se câline lorsque personne n'est en vue. La situation est grisante pour moi, car c'est ma première vraie relation avec une fille. Aujourd'hui est une journée comme les autres, l'heure libre entre nos deux cours vient de s'écouler et nous retournons lentement vers la salle. Dans la cage d'escaliers, je m'arrête de marcher et je l'observe. Elle me sourie et me retourne mon regard avec un oeil rieur. Elle s'approche de moi tout doucement... Je ferme les yeux, inconsciemment. Je ressens des lèvres chaudes et délicates se poser sur les miennes, tendrement. Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive mais je me laisse faire, je laisse ma bouche s'agiter au rythme de la sienne...
Une semaine plus tard, on ne s'adresse plus la parole. Difficile à vivre car je suis sûr de ressentir quelque chose de très fort pour elle... Je ne sais pas si c'est de l'amour mais je me sens véritablement dépendant d'elle. Elle a craqué, elle a tout révélé à son copain. J'entends encore ses cris épleurés au téléphone: "Tu te rends compte que je suis en train de perdre l'être auquel je tiens le plus?" Oui, j'ai compris. Nous avons décidé de toute arrêter, sous la menace de son copain qui était prêt à venir me tabasser au lycée si jamais il entendait encore parler de moi. Une fin bien brutale pour une histoire si douce. On a cherché à se retrouver l'année qui a suivi mais sans jamais qu'il n'y ait du concret. Après tout, c'était bien mieux comme ça...
