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9 mai 2007

Le 3 Juin 1984, la naissance d'un funambule...

1984_Brazil

En arrivant dans le paddock, le mercredi 30 Mai 1984, Ayrton Senna est heureux. En mettant les pieds à Monte-Carlo en tant que pilote de Formule 1, il se rend compte du chemin parcouru et des difficultés qu'il a rencontré pendant ces cinq dernières années: l'exil en Grande-Bretagne loin de son Brésil natal et de son soleil, la difficulté de vivre sans sa famille, l'apprentissage de la langue anglaise... Senna a tout surmonté pour atteindre son rêve, devenir pilote de course au plus haut niveau, en Formule 1, à seulement 24 ans. En arrivant dans le stand Toleman, sa nouvelle équipe, il s'assoit au fond du garage et se prépare à enfiler sa combinaison. Il voit une jeune fille aux cheveux bruns et aux yeux clairs passer devant sa voiture et croit reconnaître son ex-femme, Liliane de laquelle il a divorcé quelques mois précédemment. Il a refusé de rentrer avec elle au Brésil pour continuer à vivre sa passion (ce qui passait irrémédiablement par un séjour en Europe), continuer à collectionner les victoires en Formule 3 britannique et elle n'a pas accepté. Maintenant, tout cela semble bien loin au jeune Ayrton, parfaitement concentré et intégré au milieu de la Formule 1. Il manie déjà sa carrière d'une main de fer et son but est clair: devenir champion du monde. Il est prêt à tout pour gagner un jour le sacre au plus haut niveau. Après un début de saison relativement fructueux, avec par deux fois un point marqué aux Grands Prix d'Afrique du Sud et de Belgique, Ayrton sait qu'il a encore du travail. C'est épuisé qu'il a terminé le Grand Prix d'Afrique du Sud, à la limite de l'évanouissement. Mais, malgré une monoplace difficile à conduire, Ayrton a déclaré après la course qu'il devait aller au bout, pour tous ceux qui ont travaillé pendant des jours sur sa voiture. Démonstration de la motivation d'un jeune pilote, fougueux et talentueux.

Lors des qualifications, Senna a réalisé un tour modeste, s'adjugeant la 13e place sur la grille de départ. Compte tenu des performances générales de la Toleman-Hart il n'est pas trop déçu mais il sait qu'il va lui falloir un peu de chance s'il veut marquer des points pendant la course du lendemain. C'est sous des trombes d'eau que se réveille le petit monde de la F1 le dimanche matin. Le circuit de Monaco, épreuve reine de la F1, est très spécifique avec ses nombreux rails encerclant un tracé sinueux. Autant dire qu'avec une pluie battante telle que celle-ci, la course risque d'être très ardue... Lorsque le départ est donné, les voitures s'extraient difficilement de leur position sur la grille et avec les gerbes d'eau rejetée par les voitures, la visibilité est quasi-nulle. Ayrton est très concentré et essaie de tirer profit du faible potentiel de sa Toleman du mieux qu'il peut. A la fin du premier tour, il est déjà remonté à la 9e position. C'est ce jour qu'Ayrton va impressionner tout le monde. C'est ce jour qu'il va passer tout prêt de l'exploit. Alors que les tours défilent, le jeune Brésilien remonte progressivement vers la tête de la course en alignant des tours ultra-rapides, à une cadence que l'on attendait pas de la part de cette voiture. La pluie, en nivellant les performances des monoplaces permet à Senna de démontrer toute l'étendue de son talent et il ne cesse de dépasser, sur un circuit peu propice puisque très sinueux. Au tour 16 il se retrouve déjà sur le podium, à la troisième place, dans les roues de l'Autrichien Niki Lauda. Le pilote Mclaren essaye tant qu'il peut de tenir toute la largeur de la piste pour empêcher le jeune prodige de passer. Peine perdue. Alors qu'ils passent la ligne d'arrivée, Ayrton se déporte sur l'extérieur de la piste. Il a du mal à distinguer la piste sous la tempête. Il accélère à fond le long de la ligne droite et se retrouve aux côtés de Lauda pour le freinage du premier virage et... il passe par l'extérieur! Les observateurs sont subjugués par l'aisance sous la pluie du nouveau venu. En deuxième position, Senna aligne les records du tour pour revenir sur Alain Prost, alors en tête. Après avoir réduit l'écart à sept secondes et alors que se dessine l'exploit, le drapeau rouge est brandi, synonyme d'arrêt de la course. 

Sur le podium, Ayrton Senna a fière allure même si sa machoire semble crispée, attitude contraire à ce qu'on aurait pu attendre d'un jeune pilote dont c'était le premier podium. La raison est simple: il a longtemps considéré qu'on lui avait volé la victoire, comme il le dira par la suite: "J'aurais certainement dépassé Prost mais personne ne peut savoir ce qui ce serait passé. J'aurais peut-être gagné, j'aurais peut-être abandonné. J'étais moi aussi à bout de force. Il y a eu des moments où c'était juste, où j'ai cru que j'allais m'écraser." Ce qui est sûr c'est qu'en finissant deuxième sur un circuit aussi difficile que celui de Monaco et au volant d'une rétive Toleman-Hart, Ayrton Senna a marqué les esprits (tout comme Stefan Bellof, alors troisième qui revenait encore plus vite mais dont la Tyrrell sera déclassée puisque l'écurie a été accusée de tricherie et confondue). C'est surtout par son aisance sous la pluie qu'il a marqué les esprits. En effet, dans ces conditions, il a semblé être capable de se jouer des meilleurs. Le 3 Juin 1984, Ayrton a remercié les éléments. Et il ne va pas en rester là pour cette saison 1984. Après de bonnes places en qualification lors des GP de Detroit et Dallas, Senna termine à nouveau sur le podium en Grande-Bretagne. Au Portugal, théâtre du dernier GP de la saison, le Brésilien réussit un nouvel exploit en qualifiant sa modeste Toleman en troisième position! Le lendemain, il confirme sa bonne prestation en terminant une nouvelle fois sur le podium, juste derrière les intouchables Mclaren de Lauda et de Prost. Sur le podium, le choc des générations est évident: Lauda (le passé), Prost (le présent) et Senna (le futur). Trois des plus grands champions de la Formule 1 réunis sur un même podium, trois talents bien particuliers. Le soir du Grand Prix, Ayrton remercie toute l'équipe, pour le travail accompli, qui lui a permis de se rapprocher des étoiles dès sa première saison. En l'espace d'une année, Senna s'est déjà révélé comme une des valeurs sûres du futur. Au revoir Toleman, bonjour Lotus.

1984

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