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11 août 2007

Le 21 Octobre 1990: La vengeance...

1990

A l'aube du Grand Prix du Japon 1990 Ayrton Senna est assez tendu. La saison a été difficile et revenir à l'endroit même où il considère qu'on lui a volé la victoire la saison passée n'est pas facile pour le champion brésilien. Alain Prost est passé chez Ferrari laissant le champ libre pour Senna au sein de l'écurie Mclaren-Honda mais la MP4/5 affublée du légendaire n°27 (ancien numéro du regretté Gilles Villeneuve quand il était chez Ferrari; Alain Prost ayant amené le n°1 avec lui chez la Scuderia, les Mclaren se sont appropriées les numéros habituels de Ferrari) n'est plus la monoplace dominatrice de 1988 et 1989. Si Ayrton s'est imposé à Phoenix, Monaco et Montréal en début de saison, Alain Prost a brillamment mené la magnifique Ferrari 641 à la victoire au Brésil, au Mexique, en France et en Angleterre prenant la tête du championnat à la mi-saison. Senna a alors remis un coup de collier en remportant les Grands Prix d'Allemagne, de Belgique et d'Italie avant que Prost ne remporte la course en Espagne, juste avant le Grand Prix du Japon. Au championnat, la situation est assez confortable pour le Brésilien qui, si Alain Prost ne s'impose pas au Japon, peut être titré à l'issue de la course. Cependant, très vite, la situation dégénère et le fantôme de Suzuka 1989 apparaît. Alors que les pilotes sont tous réunis en briefing de sécurité, Nelson Piquet lance un débat sur la possibilité de couper la chicane lorsque un accident est survenu, raison pour laquelle Ayrton Senna a été disqualifié en 1989. La totalité des pilotes ont approuvé, provoquant la colère de Senna. Excédé, il quitte la salle en déclarant qu'il a beaucoup souffert l'année précédente et que tout ceci est une plaisanterie qu'il ne peut supporter. La tension est à son comble et une odeur de souffre plane au dessus du circuit de Suzuka. Pourtant, le samedi, Ayrton réalise une nouvelle pôle position (sa neuvième de l'année) juste devant Alain Prost. Pour la troisième année consécutive, ils sont tous les deux sur la première ligne. Pour la troisième année consécutive, le titre va se jouer à Suzuka entre les deux frères ennemis.

Mais la polémique n'a pas fini d'enfler dans le paddock. En 1988 et 1989, Ayrton Senna a par deux fois raté son départ alors qu'il s'est élancé de la pôle position. Etrangement, l'emplacement de la pôle position se trouve sur le côté sale de la piste, ce qui fait que le poleman n'a pa vraiment un avantage par rapport au second. Ayrton Senna le fait remarquer aux instances dirigeantes cette année, espérant qu'ainsi la pôle position sera vraiment une position avantageuse. Alors que les instances avaient accepté dans un premier temps de changer l'emplacement, sa requête est par la suite refusée en raison d'une intervention personnelle du président de la FISA, Jean-Marie Balestre qui ne porte décidemment pas Ayrton Senna dans son coeur. Senna semble accepter, bien que cette décision soit pour le moins controversée. Mais ce n'est qu'une façade et au fond de lui, il sent bouillir la frustration, la colère et la rage. Le dimanche, jour de la course, Ayrton installe sa Mclaren sur la première ligne de la grille, du côté sale de la piste donc. A ses côtés, il retrouve son vieux rival Alain Prost au volant de sa Ferrari. Les feux passent au rouge et la tension monte... Alors que les feux s'éteignent un à un, Ayrton ferme sa visière. Lorsque le feu passe au vert, il lâche toute la puissance de son moteur Honda et s'élance. Alain Prost est mieux parti et Ayrton voit rouge. Il repense à l'accrochage de 1989 et ses conséquences, il repense à la décision de Jean-Marie Balestre... L'adrénaline monte d'un coup et Ayrton se laisse guider par ses sentiments et non plus par sa raison. Au premier virage, il voit le Français écarter de quelques mètres sa trajectoire et s'engouffre dans le brèche. Les deux monoplaces se heurtent dans un grand fracas. La course est finie pour les deux prétendants au titre. Comme l'année précédente, le titre s'est joué sur un accrochage entre les deux champions mais cette année c'est Senna qui en est le bénéficiaire.

Il devient double champion du monde et en est très heureux comme il le déclare après la course: "Aujourd'hui, je suis réellement heureux. Ce titre représente énormément de choses pour moi et pour l'écurie Mclaren qui m'a soutenu dans les périodes délicates que j'ai traversées en début d'année. La saison a été longue et difficile, le concurrence redoutable. L'accident? Ce sont des choses qui arrivent. Nous voulions tout les deux l'emporter, donc nous avons pris des risques. Alain a tout simplement commis une erreur. Par ailleurs, un titre mondial se construit sur l'ensemble d'une saison et non pas sur une course. De toute façon, cet accrochage a remis les choses à leur place par rapport à 1989." Un an après avoir été bafoué par le pouvoir sportif, Senna prend la plus belle des revanches en remportant le titre de champion du monde devant Alain Prost. Beaucoup d'observateurs de la Formule 1 sont surpris du fait que Senna ne soit pas puni pour cet accrochage et s'indignent, Prost le premier. Pour le Brésilien, c'était le meilleur moyen de remettre les comptes à zéro. Un an après, en 1991, il va expliquer son geste en ces termes: "En 1989, j'ai gagné la course mais on me l'a enlevé. Il va toujours manquer cette victoire à ma carrière. J'ai été empêché d'accéder au podium par Balestre alors que j'avais gagné. Ca, je n'oublierais jamais. Comme résultat de ceci, il y a eu la course de 1990. La pôle position a été mal placée par Balestre qui a donné l'ordre de ne pas changer l'emplacement. J'ai été si frustré que je me suis juré que si, après le départ, je perdais la première place, je tenterais tout au premier virage et que Prost ne passerait pas le premier virage devant moi. Ca a été le résultat des décisions stupides prises par les politiciens..." Ayrton avoue en 1991 avoir agi délibérément en s'accrochant avec Prost au premier virage du Grand Prix du Japon 1990. Pour lui, c'était le seul moyen d'exprimer toute la colère qu'il avait accumulé pendant un an. Il était temps de se venger et c'est ce qu'il a fait, sans mauvaise conscience. Critiquable ou non, cela fait partie du caractère du champion brésilien et sans ça, il ne serait pas ce qu'il est devenu au fil des années...

accident02

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